L’ultime testament d’un musicien important.

Chick Corea nous a quittés en février 2021 mais il avait eu le temps de préparer cet enregistrement où il est entouré par un groupe phare des années 80, le Chick Corea Elektric Band. Les enregistrements ont eu lieu en Californie, à New York et à Tokyo de 2016 à 2018, lors des retrouvailles de la formation d’origine. Il y est accompagné d’un groupe fabuleux, Eric Marienthal (saxos), une rythmique d’enfer constituée de John Patitucci (basse) et Dave Weckl (batterie), et enfin du virtuose Frank Gambale à la guitare. Tout ce monde joue magnifiquement, aucun ne cherchant à tirer la couverture à lui, pas plus Chick que les autres. Ce qui est un changement important par rapport à la reformation de Return to Forever en 2008 qui m’avait profondément ennuyé (le choc des egos surdimensionnés ?). Ici, le plaisir de jouer est manifeste, les morceaux longs (9 morceaux en 2h) laissent la place à chacun de s’exprimer pleinement, ce qui n’est jamais évident dans ce contexte de « supergroupe » qui se reforme où les attentes du public sont vastes. Et justement, cette sélection est loin d’être un « best of » de l’Elektric Band car il mise avant tout sur les morceaux les plus récents de la formation. Il n’y a qu’un seul extrait de « Eye Of The Beholder » leur masterpiece. Ça, c’est gonflé, Corea ne joue pas la facilité.

Alors, oui, on pourra toujours grogner sur l’absence par exemple d’« Eternal Child » un de leurs morceaux les plus connus. L’album le plus représenté est « To the stars » avec trois titres, album de 2004 où Corea s’était inspiré d’un livre de Ron Hubbard, fondateur de la scientologie. Les morceaux sont bons, aucun doute là-dessus, mais il a toujours eu un côté prêchi-prêcha qui me gonflait, et ce qui était aussi un point de tension avec Al di Meola au sein de Return to Forever, ce qui n’enlève absolument rien à ses qualités de pianiste légendaire, attention. Ces petites réserves ne doivent pas faire oublier qu’on a là le testament d’un musicien qui a marqué fortement le jazz des années 60 aux années 2000, n’hésitant jamais à explorer de nouveaux territoires et repoussant les limites du jazz traditionnel pour chercher de nouveaux sons et de nouvelles mélodies.

JOE-ROBERTS
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le 12 juin 2026

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