Cascadeur apparaît dans le paysage musical de l’électro French Touch avec un disque doux et aéré, mais pourtant compact. Tout s’y ressemble, on tourne en rond, de mélodie en mélodie, comme sur un manège pop aux figures qui prendraient diverses nuances d’une même couleur.
La voix est perchée, cristalline. Elle accompagne des envolées de mélodies pures aux notes scintillantes, et distille une douceur rare dans l’univers électronique. C’est probablement là la fraîcheur de cet opus. Il y a du tourment dans les chansons de Cascadeur, la complexe alliance de l’espoir et de la résignation qui dit l’air d’une époque qui veut toujours danser malgré la lassitude. Les rythmes tourbillonnent, et parfois se suspendent un instant et l’impression de planer porte l’écoute autant au plus profond qu’en surface. La lente musique fantôme de Cascadeur s’immerge autant qu’elle caresse. La basse s’exprime en de rares moments, sans jamais appuyer le rythme, et le piano, romantique et plein, souligne l’emportement des corps, cherche le frémissement sublime des sentiments en sachant le manque de réel. L’influence épisodique d’Erik Satie sonne avec dissonance dans le cœur des berceuses infantiles qui se suivent et se ressemblent. Une musique évanescente, vaporeuse, et qui semble toujours fuir. Jusqu’à Highway On, où l’envolée, enfin, semble ne pas retomber mais mener droit au ciel, au-delà des nuages. Cascadeur enfin s’approche du danger et vise une paradisiaque perfection : ce n’est pas la meilleure chanson de l’album mais bien celle qui le fait émerger au-dessus de la boucle et qui lui donne sa nature complète, son épaisseur.
Malgré l’impression d’uniformité de The Human Octopus, Cascadeur livre un disque unique et rare, une collection douce de bonbons acidulés empreints de désillusion et d’espoir, dans un bel élan de tendresses et de bienveillance !
Les tentacules humaines de l’homme, aussi nombreuses soient-elles, restent attachées au cœur.
Matthieu Marsan-Bacheré