Il y a 2 manières d’appréhender ce live (73 mn). On peut d’abord penser à son précédent live en 1977, assez calamiteux, « The Alice Cooper Show » vu son état de dégradation avancée, et y voir le début d’une renaissance. On peut aussi se dire que par rapport aux live qui ont suivi dans les années 90 et 2000, celui-ci est encore plein de points faibles et d’imperfections et c’est donc une déception. Moi, j’opte plutôt pour la 1ère possibilité. En 82, Vincent Furnier donnait ses derniers concerts avant 4 ans et frôlait la mort, rongé par un alcoolisme dévastateur. Il décida de se soigner en entamant une cure de désintoxication qui allait lui prendre plusieurs années. En 86, il revient avec un nouvel album « Constrictor », pas bien terrible, mais qui allait lui donner l’occasion de remonter sur scène en faisant son show et en retrouvant ses fans, en particulier le soir d’Halloween, le 31 octobre 86, lorsqu’il est filmé à Detroit, sa ville natale. La surprise est l’affluence du public fidèle, qui oblige à rajouter plusieurs dates à celle initialement prévue ! Et revoilà ce bon vieux Vincent remis sur les rails et en forme, heureux d’être ici alors qu’on le donnait pour mort peu de temps auparavant (un peu comme son personnage d’Alice d’ailleurs, revenant à chaque fois d’entre les morts). Une prestation qui se voulait historique, à domicile mais qui laisse quand même sur sa faim et un peu déçu. Le jeu manque de cohérence, tout semble parfois « fouillis» comme si toute l’équipe n’était pas encore rodée, les musiciens ne trouvant pas encore leurs marques, ce qui était sans doute le cas puisqu’on était encore au début de la tournée. Enregistrer un show plus tardif aurait sans doute permis de se rendre compte de progrès et d’une mise en place plus précise.
La voix d’Alice, ensuite, est loin d’être parfaite, l’alcool à haute dose n’a pas fait de cadeaux et les dégâts sont irréversibles. Cela va forcer Alice à s’adapter à un registre plus grave et adapter aussi ses setlists. Malgré ça, c’est aussi le retour du spectacle total, le « show Alice Cooper » à grand renfort d’effets spéciaux, décors monumentaux, on ne lésine pas sur les moyens « grand-guignolesques » pour amuser le public (les acteurs-danseurs, la guillotine, le serpent, les sabres, les épées, le faux sang…). Côté musique, c’est aussi partagé. Le Coop’ pour son grand retour, ne prend aucun risque et aligne les classiques solides, à l’exception de 3 titres de « Cosntrictor » (bof…) qui passeront à la trappe dès la tournée suivante. Et ces classiques sont inégaux, l’arrivée sur « Welcome to my nightmare » est ratée par Alice, pas au point, ce qui fait craindre d’entrée un concert dans la lignée de ceux du passé. Heureusement, ça s’améliore dès le morceau suivant. Alice peut alors enchainer ses tubes au grand plaisir du public (« Under my wheels», « Only women bleed », « Elected », « No more Mr Nice Guy » ou l’incontournable « School’s out »). A noter un « Cold Ethyl » vraiment réussi et qui prend une dimension supplémentaire, une chanson dans laquelle il évoque sa lutte contre l’alcoolisme et les cauchemars qu’elle engendre. Un concert correct, qui tourne même avec ses imperfections et surtout qui permet de replacer Alice dans les légendes du hard rock, une place qu’il n’aurait jamais dû quitter. Mais les albums en concert qui vont suivre seront tous largement supérieurs à celui-ci, par exemple le « Live at Cabo Wabo 96 » ou l’Olympia 2017, des moments fantastiques offerts par un artiste sortant des sentiers battus.