Herbie a enregistré cet album en 1969 et il est sorti début 1970. C’était son dernier pour le label Blue Note et il est totalement imprégné des évènements de l’époque troublée, en particulier à cause de l’assassinat en 68 de Martin Luther King. Il y est entouré du saxophoniste ténor Joe Henderson, du trompettiste Johnny Coles, du tromboniste Garnett Brown, du flûtiste Hubert Laws, du bassiste Buster Williams et enfin de Albert « Tootie » Heath à la batterie. Toute cette musique témoigne d’une époque violente lorsque se déroulait la guerre du Vietnam et où les droits civiques étaient encore à poursuivre, même si des progrès avaient été réalisés dans les années 60. Dès le morceau d’introduction, « I have a dream », le message principal de King est rappelé. « The Prisoner » est une allusion à la façon dont les Afro-Américains ont été longtemps emprisonnés. « Firewater » oppose les deux éléments, le feu et l’eau : le feu représente l’oppresseur et les violences infligées aux minorités, l’eau peut rappeler la volonté de modération, d’apaisement et en même temps la détermination de Luther King. « He Who Lives in Fear » porte aussi sur le pasteur King et plus généralement sur ce que vit toute minorité opprimée. L’album s’achève par une note d’espoir, « Promise of the sun », la lumière n’est pas loin même s’il reste beaucoup à accomplir. Hancock en rendant hommage à Luther King ne cède jamais à la colère et ne se lance jamais dans le free jazz qui à l’époque était de plus en plus à la mode, ni dans la fusion qui s’esquissait et qu’il développera sur ses albums suivants. Non, il nous offre un be bop plein de spiritualité et de mélodie, de swing. L’assassinat de Luther King n’a pas mis fin au combat, au contraire, il se poursuit. Un très bon album.