La discographie de Lou Reed est la plus marrante à décortiquer dans l'histoire du rock, tellement elle n'a aucun sens. Suivant trois albums au contenu "classique", il déboule cette fois avec un double album, consacré à Edgar Allan Poe. Comme Andy Warhol ? Eh non : ici, c'est récitations, c'est mises en musique, c'est textes écrits par Reed lui-même pour rendre hommage au poète, et surtout certains de ses textes s'occupent de faire le parallèle entre eux deux. On y trouve deux reprises de son oeuvre, "The Bed" présente sur "Berlin" (et c'est un massacre), et "Perfect Day" présente sur "Transformer", par Anthony Egarty (déstabilisant la première écoute, superbe à partir de la deuxième). Styles musicaux allant de l'acoustique au gros rock lourd, de la variété (oui) à la grande Orchestration, sans oublier le jazz et un zeste d'expérimental. Le tout avec un casting audio à l'absurdité encore inégalé : David Bowie, Ornette Coleman, Willem Dafoe ou Steve Buscemi accompagnent tous Lou Reed dans ce délire poétique. Quand c'est pas tout simplement instrumental. Evidemment, avec autant de facteurs, ce disque en devient très compliqué à jauger... Encore maintenant, je suis pas sûr de mon avis à son propos. "C'est compliqué", comme dit Folk and Rock.
Mais je pense pouvoir dire que j'apprécie vraiment cet OMNI. Quand je dis ça, après, je fais abstraction de la prétention improbable de certains morceaux du disque, Lou Reed étant vraiment le Boss Final en terme de grosse tête. Y'a qu'à lire ses interviews : tu crois que c'est de l'humour, jusqu'à ce que tu t'aperçoive que c'est une blague qu'il fait à chaque interview depuis 40 ans. En faisant abstraction de cela, parce que bien évidemment Lou Reed n'est qu'à la cheville d'un mec de la trempe de Poe, je trouve l'album hyper courageux. Il fait brouillon, bien sûr, le mélange des genres n'étant pas aussi maitrisé qu'un "God Blesse", ou même "Sandinista !" pour citer un exemple lui aussi victime de son ambition, car manquant de transitions entre eux. Mais quelle sincérité, quelle audace, quelle inovation ! Et ces morceaux, qu'ils sont bons ! Certains sont même d'une émotion unique, comme "Who Am I" avec son crescendo diabolique et surtout "Vanishing Act", où les producteurs prirent la décision, surprenante mais finalement efficace, de ne pas supprimer les bruits de bouche de Lou Reed. Les styles abordés, aussi éloignés soient-ils, sont maîtrisés en terme de compos. "I Wanna KNow" transporte, "A Thousand Departed Friends" envoie ballader... C'est un disque qui vibre beaucoup, et quitte à en faire des caisses, il se décharge. Je dirais qu'un quart des morceaux du disque restent vraiment longtemps en mémoire. Aussi étrange ce disque soit-il, je pense qu'on lui doit une redécouverte plus inspirée que ses autres albums des années 2000. Il est difficile à aborder, et en même temps, c'est ce qui a fait son importance dans l'histoire du rock non ?