The Road Home
6.3
The Road Home

Album de Jordan Rudess (2007)

Les enfants, asseyez-vous en tailleur près du feu, et écoutez le magicien Jordan vous raconter l’histoire du prog en 64 minutes.

L’album commence avec des habitués … Rod Morgenstein, Neal Morse (est-ce utile de les présenter ?) et Marco Sfogli (guitariste de James LaBrie) dans une version boostée de "Dance On A Volcano", l’ouverture de l’album A Trick of the Tail de Genesis. Tout y est, y compris le riff de fous en 7/8. Rallongé d’une série de solos, le morceau revisité par Rudess dure maintenant près de 9 minutes, et le jeu très varié de Marco Sfogli fait mouche. Dans l’album original vient ensuite un morceau plus calme … dans The Road Home, pas de répit !

Car on enchaîne sur "Sound Chaser", extrait du Relayer de Yes. Patrick Moraz, qui a fait découvrir le Mini-Moog à Jordan ne pourra pas y être insensible. Dense, explosif, ce morceau est un festival. Jordan l’agrémente de sons très percussifs, joue des bends comme personne, et seule l’absence de basse se fait ressentir, tant les parties de main gauche sont discrètes. Nick di Virgilio au chant y est confondant ! Comment ne pas repenser à son interprétation magistrale de "Siberian Kathru" dans Tales From Yesterday en trio avec Kevin Gilbert et Mike Keneally. Ricky Garcia (du groupe Lafee - second solo de guitare) est très à son aise sur les doubles croches en 6/4 de Rod Morgenstein. Un troisième morceau plus calme peut-être ?

Non … moins connu d’entre vous, c’est Gentle Giant qui est ensuite mis à l’honneur avec "Just The Same". Que dire … Imaginez un groupe qui mélange rock, blues, harmonies médiévales et classiques, dissonances contemporaines, contretemps, syncopes. Et surtout ... un bassiste Ray Shulman qui joue aussi du violon et de la trompette, un chanteur Derek Shulman qui joue aussi du sax alto, un organiste : le fabuleux Kerry Minnear qui joue aussi bien du clavecin que du violoncelle et du vibraphone, un chanteur Phil Shulman qui joue aussi de la trompette et du saxophone, et un batteur qui fait des solos de malade au xylophone. De plus, ils chantent tous et font du quintette de flûte à bec ! Kip Winger, déjà présent sur Rhythm Of Time, reprend fort honorablement les parties de chant, Ron "BumbleFoot" Thal étonne (comment pourrait-il en être autrement ?) avec son solo de guitare, et Jordan se complaît à rendre le riff de clavier (du 7/4 sur un rythme de batterie en 6/4) encore plus groovy. Presque tous les sons fétiches de Jordan (époque RMP et Feeding The Wheel) y passent, le Kurzweil est à la fête ! Il avouait récemment : « j’utilise encore beaucoup ce synthé dans mon studio, il contient une grande partie de moi ».

On retrouve Yes et Genesis sur le quatrième morceau. Huit minutes de piano, hommage passionné aux mélodies de "Soon", "Supper’s Ready" et "And You And And I". Sans oublier le très profond "I Talk To The Wind" de King Crimson, où l’on entend Jordan Rudess et son super-assistant Bert Baldwin donner de la voix. Il ne manque plus que le solo de flûte, mais … il s’agit d’un "Piano Medley". Celui-là même que les heureux spectateurs des récents concerts de Blackfield ont pu entendre en première partie.

L’album contient une courte composition originale, "Piece Of the Pi", dont le début est très accrocheur, jusqu’à un nouveau ragtime au piano, la suite étant moins riche à mon goût (des breaks et de la sculpture sonore à base de Continuum très proche de Systematic Chaos en fait).

Très technique, c’est toutefois un bon amuse-gueule, quand on connaît le dessert…

Gros son, vélocité, abondance, (excès ?) voici "Tarkus". Entourés de Ron Thal, Ricky Garcia et des deux chanteurs Steven Wilson et Kip Winger, Rudess et Morgenstein en mettent partout. A écouter à fond et en courant dans le salon (comme les enfants de Neal Morse). Le "Tarkus" original entremêle trois chansons, des breaks et un déluge d’orgue, piano et synthé. Grand fan de Keith Emerson, Jordan ne pouvait pas passer à côté d’un tel monument. Il a cependant fait la part belle aux deux guitaristes, aux interventions desquels il a réservé un accompagnement tout en subtilité.

Jordan Rudess et ses invités ont repris les sections chantées assez fidèlement, les fans ne seront pas déçus, et tendront, j’en suis sûr, l’oreille à l’approche des sections instrumentales réarrangées et rallongées. Ajoutons à cela le plaisir d’entendre ces morceaux avec le bénéfice des technologies actuelles.

Pour ceux qui connaissaient déjà ces tubes, et tous ceux qui souhaitent (re)découvrir leur intensité et leur spontanéité, je vous conseille d’en écouter les versions concert : Welcome Back My Friends … pour ELP, Live at QPR Stadium pour Yes, Seconds Out pour Genesis et Playing The Fool pour Gentle Giant.
FabienLabonde
9
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le 26 déc. 2012

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Fabien Labonde

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