Ce groupe londonien est dominé par la figure charismatique de Jaz Coleman et se révèle absolument inclassable, à tel point qu’en écoutant cette compilation, on n’a souvent pas l’impression du tout d’être face au même groupe !!! Du punk et du metal, il y en a mais mélangé à de la new wave, de l’électro, du rock industriel et j’arrête là la liste sinon ça va durer longtemps ! Que les personnes qui aiment les étiquettes écoutent simplement autre chose. Killing Joke s’inspire pêle-mêle des Sex Pistols, de Motörhead aussi bien que de Joy Division. Leur influence est profonde, à tel point que dans les années 90, Jaz Coleman affirmait qu'il entendait tous les jours un groupe différent inspiré par Kiling Joke, ce qui incluait Nirvana autant que Metallica voire Ministry (tant qu’on y est !). Ça pourrait ressembler à de la vantardise mais pas du tout, c’est juste une constatation réelle. Cette compilation commence en 1979, sur les cendres du punk que le groupe perpétue à ses débuts mais c’est au début des années 80 que l’esquisse d’un succès grand public semble se pointer avec des singles imparables comme « Wardance », « Requiem », « Follow the leaders » (et ses résidus de Kraftwerk !), et surtout « Eighties » (pompé par Nirvana dans le riff ralenti de « Come as you are », faites le test !) et « Love like blood », résumant à lui seul une époque dans ce qu’elle a de meilleur (guitare acérée, mélodie hyper solide…). Un morceau figurant souvent dans des compilations new wave et c’est normal même si ça enferme Killing Joke dans un style trop réducteur.
Bon parfois, les synthés se font un peu trop présents et guitares qui lorgnent alors vers U2 (« America »). Les années 90 (2e CD) sont passionnantes avec des morceaux-coup-de-massue comme ceux extraits de l’immense « Pandemonium » en 1994 (indispensable, tout simplement) : « Exorcism », titre monstrueux, peut-être mon préféré de toute cette collection, « Seth Dance » ou encore « Millenium ». Ouais, Nine Inch Nails leur doit pas mal aussi en y repensant…Après ces décharges violentes, Killing Joke varie les styles avec une facilité déconcertante (et sans doute énervante pour la concurrence !) sans jamais perdre sa cohérence. « Democracy » revient vers des rives new wave ; le metal fait à nouveau parler la poudre avec « Loose Cannon » en 2003 (débuts électro, guitare ultrapuissante, batterie infernale de Dave Grohl jouant le fan-invité de luxe, peut-être pour leur rendre l’ascenseur de « Come as you are »), « Seeing Red », « Fresh Fever From the Skies ». Une très bonne compilation qui vous emmène sur des terres variées mais souvent hallucinantes. On comprend pourquoi Killing Joke est adulé par de nombreux groupes et artistes bien que peu connu du grand public.