I see the steps behind me disappearing
Si certains groupes se sont fait connaître grâce à un premier album extraordinaire et génial, ce n'est pas le cas de The Cure. En 1979, la petite formation de Crawley sort son premier ouvrage, intitulé Three Imaginary Boys. Robert Smith a 20 ans. La musique anglaise subit de nombreux changements à l'époque : le rock progressif commence à devenir désuet, la révolte punk gronde dans les chaumières et le Heavy Metal prend son envol avec des groupes comme Iron Maiden. C'est dans ce contexte mouvementé que les Cure vont essayer de planter leur drapeau sur le vaste territoire de la musique.
Vous connaissez les albums suivants, la trilogie glacée ? Oubliez tout ça. Ici, on nous sert une espèce de patchwork un peu hasardeux composé de tout ce qui sortait à l'époque : new wave, post-punk, punk pur, morceaux carrément étranges, c'est en fait l'un des albums les plus variés du groupe. Il faut bien avouer que certains titres sont bons voire très bons ("Subway Song", "Object", "Grinding Halt"), mais le tout reste bien fade et rapidement lassant au fil des écoutes. Le passage le plus désagréable du disque est sans aucun doute la médiocre triplette "Foxy Lady"/"Meathook"/"So What" qui bat des records dans le genre mon-morceau-dure-une-minute-trente-mais-passe-comme-une-demie-heure et qui, surtout, tranche nettement avec la qualité des morceaux précédents.
Heureusement ce petit désagrément n'est que de courte durée, et dans l'ensemble l'album reste largement audible. Cependant, on ne reviendra que très rarement dessus (j'ai dû pas mal me forcer pour l'écouter suffisamment pour écrire un article) et il reste à ce jour (selon moi) le moins bon album du groupe. Les paroles sont en revanche plutôt bien écrites, on a pas le niveau de Faith ou de Pornography mais ça reste bien supérieur par rapport à tous les petits groupes débutants de l'époque. On retrouve d'ailleurs peu ou prou les mêmes thèmes que sur les albums suivants : mort, solitude et j'en passe ... Une sorte d'avant-goût très lointain, en somme.
Trop juvénile pour marquer les esprits, Three Imaginary Boys part dans tous les sens et c'est bien ce qu'on lui reproche. Le groupe se cherche un peu, essayant çà et là différentes sonorités. La direction choisie sera finalement le mouvement coldwave, gratifié l'année suivante d'un Seventeen Seconds pas piqué des hannetons.