Ce 18e volume des Bootleg Series de Dylan se révèle passionnant, à condition bien sûr de bien connaître déjà sa discographie officielle, alors que ça fait plusieurs années qu’on dit que ses archives devraient finir par être vides. Pour l’instant, ça ne semble pas être le cas ! Rien que le « Never Ending tour » depuis 1989 pourrait faire un gros coffret très intéressant et Dylan ne s’est toujours pas pensé dessus. Et cette tournée se poursuit en 2025, pas forcément pour le meilleur d’ailleurs (toutes les meilleures choses doivent avoir une fin…). Ce volume existe en édition allégée de 2 CD (42 morceaux) et une volumineuse et onéreuse forcément de 8 CD. Les fans « dylanophiles » connaissent déjà pas mal de ces morceaux et les possèdent dans leur collection. Mais ils ont été remasterisés ici avec soin. Et il faut reconnaître qu’on remonte loin, en 1956, bien avant l’arrivée à New York, quand il n’était encore question que d’un gamin de 15 ans, Robert Zimmermann, fan de folk et de rock’n’roll naissant, chantant « Let The Good Times Roll » au Terlinde Music Shop de St. Paul, le 24 décembre 1956. Je n’avais jamais entendu ce titre ! Autant l’avouer, le son est, comment dire, « d’époque », bien rugueux et encore je pense qu’il a été largement retravaillé mais c’est une pièce historique (tout 1er enregistrement du futur Dylan ?). On y trouve ensuite plusieurs enregistrements autour de son Minnesota natal (« I got a new girl »…), avant son déménagement à New York City en 1961, où il commence à jouer dans les clubs de Greenwich Village comme le Gerdes Folk City et le Gaslight Cafe, ainsi que lors de nombreuses soirées privées immortalisées par ses amis.
On termine par les sessions de « The Freewheelin’ Bob Dylan » et de « The Times They Are A-Changin’ », le Newport Folk Festival de 1963, la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté de 1963 (où Dylan et Joan Baez ont joué avant le discours « I Have a Dream » de Martin Luther King Jr.), et enfin le concert de Dylan au Carnegie Hall le 26 octobre 1963. Là, on est déjà dans du plus connu. Le succès est devenu phénoménal, Bob est la nouvelle sensation dans le monde la folk, grand admirateur de Woody Guthrie et ami de Pete Seeger. Un précieux document à écouter en parallèle de ses trois premiers albums, la période où Dylan s'est forgé une identité, a affirmé son style unique et s'est imposé comme une figure incontournable de la musique. Ces années resteront à jamais gravées dans les mémoires comme la phase où Bob, d'abord inspiré par Woody Guthrie, est devenu le plus puissant auteur de folk au monde. Mais entrer dans une case une fois pour toutes, « LE chanteur folk engagé » dans les grands combats de son temps (lutte pour les droits civiques…) avec tout le respect des traditions qui va avec, ne lui convenait pas. Trop libre, novateur, provocateur et aussi égocentrique pour accepter le rôle qu’on lui avait fixé. Il larguera définitivement les amarres avec le folk lors du festival de Newport en 1965 où il refuse de jouer acoustique ! Une hérésie que de nombreux fans de la 1ère heure, étroits d’esprit, ne lui pardonneront pas. Mais c’est une autre histoire et on peut la retrouver dans le DVD «The Other Side Of The Mirror – Bob Dylan At The Newport Folk Festival 1963-1965 », indispensable pour voir l’évolution de l’artiste et l’affirmation d’un génie sans concession.