The truth(dare Doubledare) is, that’s a good album…

Pardonnez ce jeu de mot un peu forcé mais je ne trouvais pas de titre pour cette critique…

Dans le cadre de ma liste "J'écoute des albums un peu pourris des 80s", je poursuis mon aventure dans la rédaction de critiques. Après Beat Boy de Visage, voici Truthdare Doubledare de Bronski Beat.

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Alors que j'écris ces lignes, l'album a une moyenne de 5, ce qui pousserait n'importe quel auditeur bien constitué à fuir Truthdare Doubledare, à se cantonner à The Age of Consent ; ou à l'écouter pour constater l'ampleur de la catastrophe.

Et pourtant, ce n'est pas si mauvais. Dès le premier titre, on sent la volonté de John Foster, qui remplace Jimmy Somerville, ainsi que des autres membres de livrer le meilleur album possible : la production est impeccable, le chant aussi. Je dirais même que j'ai une légère préférence pour la voix plus classique de John par rapport à celle de Jimmy, qui a tendance à chanter toujours sur les mêmes notes.

Mais bref, 'Hit That Perfect Beat' est un excellent morceau d'ouverture qui reprend les standards de l'Hi-NRG et se distingue par son motif vocal répété tout au long du morceau ('Beat boy, beat boy / Hit that perfect beat boy') et sa sitar sur le refrain (enfin, je suppose que c'est une sorte de sitar). D'ailleurs, le morceau rencontra un certain succès à sa sortie en 1985.

Cependant, dès la piste éponyme, l'album change de direction pour se tourner vers quelque chose proche du jazz + ambiance "film noir". Le morceau est bien rempli avec des percussions tantôt discrètes, tantôt évidentes ainsi que par la présence d'un chœur féminin qui accompagne John dans son interprétation toujours parfaite. Le morceau a tout du Blockbuster musical, et à ce moment-là, je me demande vraiment comment Truthdare Doubledare a pu faire un bide : comme je l'ai dit, le chant est vraiment propre, la production est toujours de qualité et avec cette piste, l'album nous démontre qu'il compte aussi quelques morceaux sortant de l'ordinaire.

Et puis est venue la faute de composition, la faute à ne surtout pas faire. En effet, à partir de son bridge, 'Truthdare Doubledare' se pare d'un changement de tonalité, ce qui à pour conséquence de rendre le tout soudainement très lourd. Les percussions, le chœur, et tous les petits détails font passer le morceau pour un gâteau trop sucré à partir de ce moment. Il semble que les membres restants, durant l'enregistrement de l'album, aient été soudain frappés par la peur de perdre l'interêt du public sans la voix de fou de Jimmy, si bien que pour combler son absence, les petits détails soient devenus la solution à leurs yeux : cela explique notamment un DEUXIÈME changement de tonalité sur l'outro du morceau.

C'est dommage, finalement, car si Bronski Beat avait eu confiance en sa capacité de bien faire les choses, 'Truthdare Doubledare' aurait pu être bien plus qu'un morceau un peu bancal.


'C'mon! C'mon!' poursuit l'orientation "musique du monde" introduite par la piste précédente, mais cette fois-ci avec une dimension beaucoup plus exotique. Difficile de ne pas penser à son écoute à une île perdue des Caraïbes, avec John et ses amis qui performent sur une plage en dansant d'une manière bizarre. En général, l'exotisme débridé est synonyme de composition bancale, surtout dans la seconde moitié des 80s avec l'arrivée des synthétiseurs digitaux qui donnent à l’ensemble un côté super kitsch : il suffit d'écouter 'Les sunlights des tropiques' de Gilbert Montagné. Et malheureusement, Bronski Beat n'a pas su limiter l'exotisme de son morceau, si bien qu'il tient debout mais menace dangereusement de s'effondrer sur l'auditeur s'il lui prenait l'envie de l'écouter plusieurs fois de suite. Fort heureusement de mon point de vue, 'C'mon! C'mon!' est si joyeux qu'il me transmet sa bonne humeur et me fait sourire d'une manière super niaise. Disons donc que je l'aime bien, mais ce ne sera pas le cas de tout le monde...


'Punishment For Love' continue de prouver que l'album recèle de pistes originales. Le morceau se démarque en effet par tout un tas d'effets sonores et de sons distordus disséminés un peu partout tout au long de ses 4 minutes. Il reprend tout comme la piste d'ouverture les bases de l'Hi-NRG mais les transforme pour prendre une forme plus synthpop. Je n'ai pas encore parlé des textes, mais le morceau présente des lyrics plutôt intéressantes jouant aussi sur une certaine finesse : par exemple 'They gave him everything he wanted / And a little bit more', entre autres. Tout ça pour dire que 'Punishment For Love' est sûrement un des meilleurs morceaux de l'album, qui aurait franchement mérité de sortir en single.


'We Know How It Feels' est la première ballade de l'album. On retrouve à nouveau des influences exotiques, mais elles sont ici beaucoup plus discrètes et mieux gérées que sur 'C'mon! C'mon!'. Le morceau se permet même une petite envolée vers le cosmos sur son refrain final grâce à une place importante accordée aux chœurs qui font des 'Pa pa pa pa pa pa' à la Coldplay mais sans que ce soit plombant à la Coldplay. C'est donc une nouvelle réussite pour Bronski Beat qui conclut une première face loin de la catastrophe envisagée.


Mais malheureusement, on retombe dans les travers de l'exotisme "too much" avec 'This Heart', qui étrangement, sonne assez vide malgré les nombreux petits détails de percussions. Contrairement à 'C'mon! C'mon!' qui se sauve par sa bonne humeur, celle-ci ne transmet pas d'émotion particulière. Même les choeurs gospel sur le refrain ne suffisent pas à élever le morceau à la hauteur des précédents. Il faut tout de même reconnaître l'interprétation toujours parfaite de John et des autres membres du groupe, ainsi que la qualité de la production qui reste décidément excellente : je suis impressionné par la clarté du son, alors qu’en 1986, les synthétiseurs digitaux ont parfois entraîné des productions à la qualité moyenne en raison de leur nouveauté (il n’y a qu’à voir Strange Charm de Gary Numan).

'Do It' plonge aussi dans le même niveau de médiocrité en prenant la forme d'une espèce de tentative à la croisée de la dance et du hip-hop mais dans un format pop. La voix de John est passée sous un effet un peu moche en intro tandis que les paroles un peu nulles ('Shake your body / Lose your mind'), pas vraiment aidées par l'optimisme de Foster qui semble forcé (surtout sur le premier couplet) enterrent les bonne intentions du morceau et en font une simple piste de milieu d'album pas inspiré.


Truthdare Doubledare montre ses premières faiblesses avec ces deux pistes. Si jusqu'alors, il n'y avait que quelques détails de composition à relever, 'This Heart' et 'Do It' sonnent comme le symbole d'un groupe en perte de vitesse après le départ de son chanteur. Que va t'il se passer ensuite ? (big suspens)


'Dr John' plonge l'auditeur dans un monde de groove avec sa boîte à rythme à la programmation assez fine et ses synthés discrets. Le morceau présente un flow impeccable, notamment sur son refrain qui semble "glisser" tant il coule de source ('Here I am, Doctor John / Here I am !'). Il gagne également en tension avec un enchaînement de couplets et de ponts sur ses deux dernières minutes qui peut paraître artificiel mais qui, après plusieurs écoutes, sert le morceau dans son décollage progressif.

Bon, je suis rassuré, Bronski Beat a su éviter le piège "On met nos meilleurs morceaux sur la Face A et puis pour le reste c'est pas grave".

En effet, 'In My Dreams' fait encore mieux que 'Dr John', mais dans un tout autre registre puisqu'il s'agit de la deuxième ballade de l'album. C'est un peu facile de conclure un album par une ballade, mais je ne vois pas où ce morceau aurait pu être placé sinon en conclusion. Il est très doux, et John, qui s'implique énormément dans sa performance, à l'air d'avoir avalé un nuage. Le morceau enveloppe l'auditeur dans un univers cotonneux mais rythmé donnant à Truthdare Doubledare une pointe d'émotion en retrait sur les autres pistes. En ce sens, 'In My Dreams' se démarque et est pour moi le meilleur morceau de l’album. Et c’est quand même super d’avoir le luxe de finir un album avec la meilleure piste.


Truthdare Doubledare n’est donc pas aussi horrible qu’on pourrait le penser. Beaucoup ont sûrement été déçus de la disparition de Jimmy (il est pas mort, hein, c’est juste une façon de parler) et ont boudés cet album sans chercher à le connaître. Mais après plusieurs écoutes, il montre toutes ses qualités. En revanche, il ne faut pas trop en abuser, car la production tout-synthé peut au fil des écoutes apparaître comme un peu fadasse. Truthdare Doubledare est donc un album imparfait mais avec également de nombreuses qualités lui permettant de se démarquer à une époque où tout le monde avait tendance à faire plus ou moins la même chose.


Précédente : Beat Boy de Visage (1984)

Suivante : The Single Factor de Camel (1982)

Créée

le 11 févr. 2026

Critique lue 16 fois

YKMR

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