The Single Factor
5.4
The Single Factor

Album de Camel (1982)

Moi, The Single Factor et le reste du monde

Dans le cadre de ma liste "J'écoute des albums un peu pourris des 80s", j'ai finalement trouvé la motivation d'écrire une troisième critique pour rendre justice à ce LP.

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Souvent, The Single Factor est détesté. Il suffit de voir sa moyenne très moyenne de 5,4 pour s'en rendre compte. Sachez donc que cette critique sera probablement l'un des rares billets positifs sur ce quasi chef d'œuvre, car oui, j'ose le dire, cet album est excellent.

Après Nude (1981), album presque purement instrumental au concept que n'aurait pas renié Pink Floyd, il est normal que les auditeurs soient déçus par ce disque. Le label de Camel, Decca, cherchait en effet à cette époque à rendre leur contrat bénéfique, d'où un forçage intensif sur Andy Latimer pour qu'il produise un album radio friendly, histoire d'avoir enfin un tube après les échecs de Breathless (1978) et I Can Ses Your House From Here (1979) qui étaient déjà orientés dans cette direction. Je trouve donc assez méchant de considérer ce disque comme du sous-rock ou de la "pop du pauvre", alors que les deux disques précédemment cités sont moins aboutis : peut-être qu'un jour d'autres s'apercevront des nombreux points forts de The Single Factor. Mais bref, Andy est donc grandement contraint dans son processus créatif, et en toute logique, on peut s'attendre à ce que ses compositions soient bâclées et vides de tout intérêt. Or, c'est là que Camel surprend car, à l'inverse de tous les grands groupes de rock progressif des 70s qui s'essaieront à la pop-rock early 80s, The Single Factor respire l'inspiration et la bonne santé d'un groupe qui n'en est pourtant pas à son premier essai.


Tout commence par un morceau assez court, 'No Easy Answer', qui introduit directement l'aspect mainstream du disque : tempo ni trop lent, ni trop rapide, une écriture en majeur et des paroles qui peuvent sembler un brin classiques (Andy s'est fâché avec sa girlfriend ou voudrait la quitter mais ne sait pas comment lui parler) mais que je soupçonne bien plus profondes... Les fans qui s'attendaient à un Nude 2 ont dû pleurer (hyperbole) en entendant ce gentil morceau pop-rock calibré. Mais il serait franchement stupide de l'ignorer, puisqu'il possède le don de mettre de bonne humeur sans que le tout ne semble trop niais, même si j'ai toujours un peu de mal avec les "La, la, la" à la Coldplay après le premier couplet. Suit un morceau dans la même veine, mais encore plus réussi. En effet sur 'You Are the One', le rock progressif et la pop fusionnent pour produire une structure accessible mais originale (on ressent vraiment ce mélange des genres lorsqu'arrive le refrain qui s'inclut avec fluidité dans le couplet joué à l'orgue, alors que ces deux parties n'auraient sûrement pas pu cohabiter sur un même morceau sans le génie d'Andy). On obtient donc un morceau réellement intéressant et marquant, qui incorpore le "Single factor" sans verser dans le conventionnel. Je ne m'explique d'ailleurs pas l'échec de ce morceau sorti en single à l'époque, alors qu'il à pourtant tout pour réussir, un chant impeccable, un rythme entraînant et un refrain qui rentre facilement en tête. Mais bon cette année-là, il y avait Michael Jackson...

'Heroes' vient vite calmer tout le monde, aussi bien les fans en train de faire un malaise que les autres enthousiasmés par ce tranchant pop bien senti puisque nous sommes en présence d'une power ballade épique au texte assez poignant écrit par Susan Hoover, la femme d'Andy ('Idol of mine will you lead me on? / Build for me the dreams that I'm longing to own / Make me secure - be my fallacy / You are all my world if for only today.'). En soi, la tonalité du morceau résonne bien avec une destinée tragique d'un héros qui construit sa légende. Vous pourriez même ressentir quelques frissons sur le refrain, lorsque David Paton chante 'Heroes I cry for you!'. Bref, on est encore en présence d'une réussite. Vient ensuite un morceau instrumental un peu quelconque, 'Selva', qui rappelle 'Reflections' sur l'album précédent mais en moins bien. L'interêt de ce morceau est surtout de confirmer l'aspect dramatique du disque. 'Lullabye', comme son nom l'indique, est une courte berceuse au mixage assez étrange (tous les instruments sont à gauche) mais non dénuée d'un certain pouvoir émotionnel.


Si cette première face démontre que The Single Factor à d'autres ambitions qu'être l'album bouche-trou d'un groupe mémorable, la Face B n'est pas en reste puisqu'elle est aussi inspirée que sa voisine. Tout commence par l'une des compositions les plus intéressantes du groupe, 'Sasquatch', où Andy réussit un exploit rarement égalé d'organiser un instrumental comme une chanson pop-rock avec lyrics. Grâce à un astucieux équilibre entre un thème à la 12 cordes et des solos de synthé et guitare électrique, le morceau est radio-friendly sans être adaptée à ses normes. En effet, ces nombreux solos vont prendre la place d'un chanteur et se comporter comme des couplets. Si ce morceau signe le retour du rock joyeux de la première moitié de la Face A, on est également servi émotionnellement en étant immergé dans un déferlement de plaisir sincère des musiciens, clairement habités lors de l'enregistrement par l'excitation que l'on ressent lorsqu'on à créé une chose géniale. Si il n'y avait qu'un seul morceau à écouter sur The Single Factor, alors le choix serait difficile mais ce morceau serait 'Sasquatch'.

Peut-on parler de pop-rock sur 'Manic'... ? En réalité, cette septième piste verse carrément dans l'électronique avec un déluge d'effets qui s'allient à un style presque hard-rock pour créer une ambiance oppressante en accord avec les paroles de Susan ('But there is no way out and yes the dye is casting thin / Between the line and rasoir egde they crystallize the end.'). Cette ambiance est renforcée par la deuxième partie du morceau, toute mignonne avec son glockenspiel.

'Camelogue' introduit le dernier tiers de l'album. À partir de ce morceau, on n'y trouvera plus que des compositions mélancoliques. Cette piste a tendance à passer inaperçu par son caractère beaucoup plus calme, surtout après les deux morceaux précédents. On se retrouve avec une espèce de blues-ballade-pop-rock qui me fait penser pour une raison que j'ignore à la série Orange Is the New Black (2013). 'Today's Goodbye' nous refait le coup du mélange rock progressif et pop avec des couplets à l'accompagnement assez triste (chœurs, orgue) mais un refrain doux-amer chanté en chœur. Bien que ces deux sections ne soient pas aussi homogènes que dans 'You Are the One', c'est tout de même un beau morceau qui à le don de me mettre dans un état de "transe mélancolique". Et cette transe se poursuit sur le diptyque conclusif 'A Heart Desire'/'End Peace'. À chaque fois que je l'écoute la même scène me vient à l'esprit : une vieil homme est assis dans le coin d'une pièce froide et ténébreuse aux murs de béton. Sur ces murs sont projetés les souvenirs de sa vie. Et alors qu'il rend son dernier souffle, il apparaît dans ces souvenirs aux côtés de ses proches, dans la joie, comme un récit de sa montée vers le ciel.


À l'écoute de morceaux comme 'You Are the One', 'Heroes', 'Sasquatch' et 'End Peace', j'ai du mal à concevoir que des gens que vous et moi détestent ce gentil album. Je peux comprendre que The Single Factor soit une déception pour certains, parce qu'il n'a pas de concept comme Nude, parce qu'il est plus accessible que les autres, néanmoins il serait stupide d'ignorer ce disque parce qu'il n'est pas aimé…


Précédente :Truthdare Doubledare de Bronski Beat (1986)

Créée

le 26 avr. 2026

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YKMR

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