Dans le cadre de ma liste "J'écoute des albums un peu pourris des 80s", je me suis finalement décidé à écrire ma première critique, donc ce sera probablement mal écrit mais je vais m'améliorer à l'avenir...
Après The Anvil sorti en 1982, Visage sort son troisième album Beat Boy en 1984, qui restera leur dernier album pendant 29 ans ! Comme quoi, il ne faut jamais perdre espoir. Là où l'album précédent mettait l'accent sur une certaine mélancolie, Beat Boy se distingue par un son beaucoup plus rock et dans l'air du temps : les compositions sont moins émouvantes mais plus radio-friendly que jamais. Pour autant, Beat Boy n'est pas un album aussi impersonnel qu'il n'y paraît. Vous avez vu sa moyenne, bien-sûr, les moyennes des morceaux, elles font passer cet album pour une catastrophe ambulante, alors qu'en réalité, ce n'est pas aussi pire qu'il n'y paraît.
Tout commence donc avec la piste éponyme, la plus longue de l'album, avec ses quasi 7 minutes. À la première écoute, vous constaterez que la production est absolument immonde, puisque le morceau semble enterré sous une très très grosse couche de bruit (et ce sera ainsi pendant les 46 minutes de l'album). À la vue de cet amateurisme, je me pose quand même quelques questions : y a t'il un ingénieur de mixage dans le studio ? Quelqu'un a t'il pensé à masteriser l'album ?
Mais revenons à 'Beat Boy'. La piste introduit une petite gimmick vocale dès ses premières secondes qui servira de sorte de thème tout au long du morceau. La boîte à rythmes utilisée à un son assez sale, mais qui correspond plutôt bien à l'ambiance industrielle de la piste, qui est aussi présente dans les paroles : "I listen I can hear / Pounding like thunder / Pistons push the steel on steel / Steam filled air turns the wheel". Je trouve que la thématique abordée par le morceau est plutôt étonnante pour l'année de parution de l'album, puisqu'en ces temps-là, la mode était aux ballades sur l'amour et tout ces trucs un peu niais dans la pop-rock radio-frienfly. En revanche, là où le morceau perd en qualité, au-delà de sa production toujours affreuse, c'est dans la performance de Steve Strange qui ne s'applique pas vraiment. Le morceau tient pourtant bien la route, aucun passage un peu longuet à signaler, la gimmick vocale rentre bien en tête, mais tout s'effondre à partir de 3 minutes 27 secondes : en effet, Visage décide de nous offrir un solo de guitare électrique mal maîtrisé et trop conventionnel. Ils enfoncent le clou encore un peu plus en répétant la partie de guitare principale du morceau, puis en ajoutant un couplet inutile, à nouveau le même solo raté, et puis ça continue encore et encore, c'est que le début d'accord d'accord...
'Casualty' poursuit dans la même veine rock avec plus d'efficacité car le morceau est plus équilibré, bien qu'il soit lui aussi un peu trop long. Steve chante très moyennement mais sa performance se fond assez bien dans l'ambiance du morceau, où l'on retrouve toujours une boîte à rythme au son sale. Cette fois-ci, le thème abordé est un peu plus classique (je vous laisse lire les paroles) mais toujours bien trouvé.
Malgré tout, il manque une touche d'émotion et une idée "unique" pour en faire un morceau vraiment mémorable.
Puis vient 'Questions' avec quelques idées intéressantes. J'aime beaucoup les nappes de synthétiseurs en ouverture tandis que la présence du saxophone, de choeurs et d'un piano donne au morceau une allure un peu plus romantique, ou presque soul. Steve à l'air toujours un peu perdu au niveau de son chant, comme s'il ne savait pas vraiment comment adapter sa voix au morceau, si bien qu'il adopte un phrasé étrange. Là où le morceau sort un peu de l'ordinaire, c'est avec à ses deux dernières minutes qui mettent en avant les choeurs gospel. Mais bien que ce soit plaisant à écouter, c'est encore une fois trop long...
Jusque là, tout se passe plutôt bien. Ce n'est pas incroyable, mais pas si mauvais. Beat Boy pourrait-il être finalement un digne successeur à The Anvil ?
'Only the Good Die Young' va s'occuper d'enterrer mes espoirs. Ce son de trompettes synthétiques qui revient constamment fait en effet très cheap, Steve Strange est toujours aussi médiocre (même s'il chante certains passages plus grave que d'habitude, ce qui lui réussit bien), et le gros plantage du morceau, c'est encore une fois sa longueur : sur les 6 minutes, la moitié est pleinement occupée par le refrain final constitué du titre du morceau répété ad-nauseum sur fond de trompettes-synthés avec très peu de variation. La plupart des morceaux pop/rock des années 80 sont construits avec un long refrain final, mais ici c'est tout simplement infini.
Je pense que la longueur excessive des morceaux peut s'expliquer par le fait que les membres du groupe voulaient orienter Visage vers le live à cette période, ce qui nécessite des morceaux plus longs pour que la foule puisse être immergée dans la musique. Malheureusement, cela dessert énormément Beat Boy.
Heuresement, mon petit chouchou 'Can You Hear Me' fait vite oublier cette mauvaise expérience. C'est le seul morceau qui utilise intelligemment sa longueur, grâce à une intro ambiante (sorte de 'Whispers'* II) déconnectée du reste du morceau, à tel point qu'elle aurait pu être une piste à part entière. Malgré la performance toujours aussi médiocre de Steve, 'Can You Hear Me' s'en sort bien grâce à une nouvelle gimmick au synthé (au Fairlight ou quelque chose qui y ressemble) et qui fait 'oh, oh' (tout ça est très clair). Le morceau, aidé par son intro calme, gagne progressivement en intensité tandis que le refrain, constitué lui aussi du titre répété, est bien plus efficace que sur 'Only the Good Die Young' car chanté en harmonie de manière convaincante (Steve a enfin l'air impliqué, mais seulement sur le refrain, donc).
L'album poursuit son "rush de qualité" avec la meilleure piste, 'The Promise', qui est aussi la plus courte avec ses 4 petites minutes. Steve est là aussi beaucoup plus impliqué que d'habitude et, aidé par des choeurs féminins, le morceau porte une sorte de tension bienvenue dans ce projet un peu plat. Ce morceau aurait facilement pu sortir en single, mais le groupe a plutôt choisi... (drumroll)
...'Love Glove', ou le morceau calqué sur les standards de la ballade eighties : piano électrique, tempo plus lent (mais pas trop lent non plus), et paroles typiques du thème amoureux avec un peu de "Love change, we change", "I'Il give you love", "Love has changed to you" et bien d'autres lignes peu inspirées. Il en résulte un morceau plutôt insipide et impersonnel, dont les bonnes intentions sont réduites à néant par, une nouvelle fois, l'interprétation foireuse de Steve, qui semble vouloir crier son texte sur le pré-refrain, mais il ose pas, mais il veut quand même, donc il crie en se retenant de crier, bref il a l'air aussi gêné que moi. Le morceau se termine par un solo de saxophone interminable bien dégoulinant de niaiserie.
Pourtant, après plusieurs écoutes, j'arrive à trouver quelques qualités en 'Love Glove', mais je sais que je ne l'écouterai uniquement que dans le cadre de l'enchaînement de l'album.
Enfin, après ces 40 minutes déjà trop longues, 'Yesterday's Shadow' vient conclure cet album. Visage adopte à nouveau le modèle de la ballade mais va plus loin que sur la piste précédente, en étant moins conventionnel : en effet, ce morceau est constitué d'une structure presque prog rock tant tout avance... progressivement. Le filtre un peu moche sur la voix de Steve ne cache pas sa performance toujours aussi j'm'enfoutiste tandis que la partie de basse, qui partait plutôt bien, tourne au ridicule vers 3'08 avec un enchaînement mélodique de la flemme. Le morceau se termine par un nouveau solo de saxophone infini supporté par une boîte à rythme au son toujours aussi étrange.
Ce solo est vraiment très long...
La morale de toute cette histoire, c'est que Beat Boy est un album frustrant. Il y a en effet de bonnes idées, voire très bonnes dans tous les morceaux, mais elles sont constamment gâchées par la production immonde, l'interprétation pourrie de Steve, ou par des problèmes de composition qui auraient facilement pu être réglés si le groupe avait été un peu plus impliqué.
En admettant que cet album est loin d'être parfait, et en ayant un peu d'imagination pour améliorer les morceaux dans votre tête, vous pourrez apprécier cet album. 'Casualty', 'Questions', 'Can You Hear Me' et 'The Promise' méritent d'être écoutés, simplement pour constater à quel point ils ont un grand potentiel gâché.
Suivante : Truthdare Doubledare de Bronski Beat (1986)
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*'Whisper' est le dernier morceau de l'album The Anvil.