Oui, « épique » est le mot qui m’est venu en écoutant cet album du Black Sabbath version 1990, quand Iommi continuait de maintenir le navire à flot malgré le désintérêt du grand public (surtout aux États-Unis) et qu’il était depuis plusieurs années le seul membre de la formation originale. Tony Martin au chant fait ce qu’il peut, mais il le fait bien, accordons-lui ça. Sa voix ressemble beaucoup à celle de Dio (mais vraiment beaucoup, à de nombreux moments, c’est assez bluffant et c’est aussi sa limite évidente !). La rythmique est assurée par Neil Murray (basse) et Cozy Powell (batterie). Les années 80 avaient été difficiles après le départ de Ronnie James et Iommi menait l’aventure envers et contre tout à coup d’albums au mieux médiocres. Mais il faut lui reconnaître le mérite de ne jamais avoir abandonné. Et ici, il nous livre un album surprenant et franchement réussi, surtout si on le compare à ceux qui l’ont précédé et même quand on écoute « Dehumanizer », le suivant, avec le retour bref de Dio. Martin a écrit des paroles dont pas mal autour de dieux nordiques, sans que ce soit un album concept car les morceaux ne sont pas liés entre eux la plupart du temps.
Si la dimension heavy/doom n’est pas la plus évidente (ce que les fans de la 1ère heure n’ont pas pardonné), l’ambiance clairement épique saute aux oreilles : cet album dépote, n’en déplaise aux admirateurs de la période Ozzy et de celle de Dio (les périodes dorées du Sabb’), il a de la gueule, du caractère, vous voyez ce que je veux dire. Ça n’en fait pas un indispensable pour autant, bien entendu. Un album qui contient plusieurs bons morceaux comme « The Law Maker » bien pêchu dans la face et puis côté aventures épiques « Jerusalem » et surtout l’excellent « Valhalla », meilleur titre de « Tyr » pour moi, puissant, agressif et mélodique en même temps. Bon sang, ça faisait un moment qu’on n’avait pas entendu du Sabb’ à ce niveau-là, non ?! Peut-être bien depuis « The Mob Rules » il me semble, leurs autres albums des années 80 n’arrivant pas à être suffisamment convaincants. La ballade un peu obligatoire « Feels Good To Me » n’apporte, elle, franchement rien. Un album qui s’achève par un « Heaven in black » de belle tenue. Pourtant, « Tyr » est lui aussi passé inaperçu et c’est vraiment le retour de Dio en 1992 pour un bref intermède que Iommi regrettera par la suite, qui va refaire parler de Black Sabbath. Mais on peut se demander si ça n’est pas cet album qui va donner envie à Geezer Butler et Dio d’appeler Iommi pour reformer le Sabbath du début des années 80 ? Selon moi, ce « Tyr » est un bon cran au-dessus « Dehumanizer ». Allez tiens, chantés par Dio, les morceaux de « Tyr » auraient sans doute eu un autre succès, j’en prends le pari !