Décidément, Kiss n’a pas réussi à amorcer le virage des eighties. Avec « Dynasty », même si on était loin du hard rock punchy des débuts, il y avait quand même de bons morceaux (rares, certes) à se mettre dans les oreilles dont le disco "I Was Made For Lovin' You" qui va cartonner et même les personnes qui ne sont pas fans du groupe connaissent. Alors, bon, un an plus tard en 1980, on est clairement dans un registre pop-rock, Simmons et Stanley ayant toujours eu un sens du commerce très poussé. Ce qui n’est pas du tout rédhibitoire, sauf si ça prend le pas sur la musique, et là, ça va être le cas. On sent le groupe chercher le tube à n’importe quel prix, celui qui va passer sur les radios FM, très bientôt sur MTV, voire dans les rayons de supermarchés…Réitérer "I Was Made For Lovin' You" coûte que coûte, et tant pis pour le rock, bon sang ! Et pourtant « Destroyer », « Rock and roll over » et « Love Gun » étaient des putains d’albums qui envoyaient du bois ! Et ils sont parus trois et quatre ans avant ce « Unmasked », dingue. Où est passée la hargne ? l’envie ? Les mélodies qui frappent et font secouer la tête ? Les « Detroit Rock City », «Shout It Out Loud » ou «Rock and Roll All Nite » ??? Perdues dans le showbiz, les frasques et les addictions sans doute. En tout cas, Kiss commençait là une bonne grosse descente dont ils mettront un moment à revenir. Les musiciens s’affrontent pour savoir quelle direction suivre, chacun compose dans son coin. Peter Criss est présent sur les photos mais pas dans les sessions où il est remplacé par Anton Fig.
Ce n’est plus un groupe, c’est évident, mais trois individus en perdition dominés alors par leur producteur Vini Poncia qui cosigne 8 des 11 morceaux de l’album ! Son empreinte est donc forte et pas pour le meilleur…Sa présence est tellement envahissante qu’elle en est étouffante. Ça, c’est toujours un mauvais signe. Quand le producteur se substitue à l’artiste, c’est rarement génial sauf dans le cas d’un Phil Spector. « Is that you » fait encore un peu illusion, « Tomorrow » aussi, « Two Sides Of the Coin » est sympathique. Mais « Shandi » est une ballade tellement sucrée voire dégoulinante de miel qu’elle ferait mourir sur place un diabétique qui l’écouterait ! « Easy As It Seens » fait se rapprocher du fond. Comment un groupe aussi bon, en particulier sur scène, a-t-il pu tomber si bas ? « Torpedo » enfonce l’auditeur (et plus encore le fan) dans les profondeurs. On oubliera aussi « What Makes The World Go ’round » qui se voulait sans doute un « I Was Made For Lovin’ You » bis…eh ben loupé et en beauté. Preuve de leur lucidité, Simmons a qualifié « Unsmaked » d’«album de merde » et Stanley d’album où « le groupe avait perdu ses couilles » !!! On trouvera toujours certains critiques qui y verront un « trésor caché de power pop » (mouais…), c’est surtout un album sans inspiration, Kiss oubliant ses fans de la 1ère heure (et « Dynasty » avait déjà creusé une brèche…). La tournée qui a suivi n’a pas été la plus brillante, les morceaux de cet album ayant du mal à passer l’épreuve du concert, Kiss manquant de se faire voler la vedette par le jeune groupe british qui faisait sa 1ère partie et qui dépotait sévère, un certain Iron Maiden ! Eh oui, la NWOBHM débarque en force et fait passer ces groupes des années 70 pour obsolètes. Mais heureusement, le talent de Simmons et Stanley va faire que le groupe survivra à cette période compliquée qui aurait pu les voir disparaître.