Comme beaucoup d’artistes de sa génération (Dylan, Clapton, Paul Simon…), il semblait logique que Neil soit invité dans l’émission de MTV qui a remis en avant dans les années 90 la musique live acoustique (seul Springsteen a refusé de jouer le jeu en branchant les guitares dès le 2e morceau…). La prestation est filmée et enregistrée dans les studios Universal à Los Angeles le 7 février 1993. Il possède tout un répertoire acoustique qui ne peut que convenir à l’émission. Mais il ne va pas être facile de la fixer car le Loner est bougon, très bougon et surtout mécontent de la performance de certains de ses musiciens, pourtant des fidèles parmi les fidèles et qui connaissent bien l’Animal et son caractère disons « ombrageux » et ses humeurs changeantes : Nils Lofgren, Ben Keith, Spooner Oldham, Tim Drummond et Oscar Butterworth à la batterie. Et dans les chœurs, sa sœur Astrid et la merveilleuse Nicolette Larson (chanteuse injustement oubliée aujourd’hui et décédée en 1997, proche du monde de Laurel Canyon au début des seventies).
Il a donc fallu s’y reprendre à deux fois pour obtenir le résultat que Neil souhaitait. Bon, ces tensions ne sont pas si perceptibles que ça à l’écoute de cet album qu’on devine en (grande ?) partie retravaillé en studio. La plupart des morceaux classiques de son répertoire n’apportent pas grand-chose, à part de les faire peut-être découvrir à la jeunesse des années 90 (« Helpless », « The Needle And The Damage Done »…). Les morceaux extraits de « Harvest Moon » son album de 1992 passent sans problème car l’album avait été conçu comme une suite à son chef d’œuvre de 1972 « Harvest » donc dans une ambiance intimiste et acoustique avec « Harvest Moon », « From Hank to Hendrix », « Unknown Legend ». La plus grosse surprise ici me semble la version acoustique de « Transformer Man » extrait de son album mal compris de 1983, « Trans », morceau sur lequel sa voix était transformée à l’aide d’un vocoder et les sons électroniques (synthés…) omniprésents. On se rend compte là de la mélodie fantastique, épurée, qu’avait cette chanson. Un bon Unplugged, pas dans les meilleurs tout de même (Nirvana, Clapton…) mais compte tenu des conditions dans lesquelles il s’est déroulé, c’est plutôt solide.