Six ans après avoir atteint le sommet des charts, Peter Gabriel revenait avec « Us », suite à peine déguisée de So et appuyée sur les relations entre individus. Nettement plus engagé côté World Music, la production s’avère une nouvelle fois impeccable de clarté : les heures passées en studio révèlent le soin apporté de manière obsessionnelle à chaque note, chaque intonation, chaque émotion. Même si la vie sentimentale et familiale de Peter Gabriel a joué les montagnes russes durant les années 80, ce concentré de chansons bien inspirées reste globalement optimiste, voire extrêmement joyeux comme en témoigne l’hommage à peine déguisé pour la fellation sur le conte détourné « Kiss that Frog ». Bien sûr, les singles « Steam » (ersatz d’un « Sledgehammer » relooké rock-funk efficace) et « Diggin’ in the Dirt », sur la difficulté à s’extérioriser, pulsent dans une rage assez inhabituelle. Mais ces accès de fièvre sont temporisés par des titres à la beauté envoûtante, « Blood of Eden » (en duo avec sa compagne du moment, Sinead O’Connor) ou l’émouvant « Come Talk to Me » pour sa fille Anna. Des messages intimes et universels délivrés ici par une kyrielle de musiciens bourrés de talent, Manu Katché et Tony Levin en tête.
« From the pain come the dream
From the dream come the vision
From the vision come the people
From the people come the power
From this power come the change »
Epaulé une nouvelle fois par des expériences vidéos déroutantes et éblouissantes (doublement primés aux Grammy’s), Us se révèle encore aujourd’hui un album moins direct que son prédécesseur, plus personnel, plus schizophrène également, avec ses codes et ses mystères. Intransigeant et pop à la fois, il ne pouvait plaire à tout le monde mais qu’importe ! En touchant la perfection sur l’hymne « Fouting Black Painting » et le final mystico-euphorique de « Secret World », Peter Gabriel se faisait l'alchimiste de sa propre musique en lui ajoutant de la chair, du sang et des larmes. Chapeau l’artiste.
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