C’est un disque éclectique mais assuré, qui sonne comme quelqu’un qui fait le point tout en utilisant cette base solide comme tremplin pour bondir musicalement vers l’avant. Cela en fait une excellente réintroduction à une artiste qui prouve que sa musique ne connaît aucune limite, qu’elle soit linguistique ou autre.
L’ouverture, « London », porte la qualité éthérée d’une brume psychédélique, appelant les auditeurs dans le monde de Gwenno, fait de feux de camp souterrains et de magie murmurée. « Dancing on Volcanoes », le premier single délicieusement joueur.
La piste-titre est comme il se doit rêveuse et orchestrée, et « Ghost Of You » a un soupçon de John Cale des années 70 dans ses enchaînements d’accords opulents et savoureux. Il y a encore de la place pour un peu de gallois. Cate Le Bon et H. Hawkline rejoignent Gwenno pour le piquant et félin « Y Gath », coincé entre la ballade céleste « Utopia » et la désolation balayée par les vents de « War ». Enfin, sur le morceau de clôture aérien « Hireth », l’album semble décoller des rues de la ville pour entrer dans une rêverie d’un autre monde, délicatement tissée de harpe et de flûte.
Sa voix naturaliste est un conduit détendu vers des chansons finement détaillées sur la psychogéographie de sa Cardiff natale (« Ghosts Of You »), la maternité imminente (« St Ives New School ») et Jarvis Cocker dansant avec style, seul (« Dancing ON Volcanoes », une pop “kitchen sink” aux guitares jangle).
Des chansons qui semblent, de façon irrésistible et vraiment brillante, prises entre la réalité vécue factuelle et une sorte de torsion imaginaire déformée : le dernier morceau parle-t-il du diable au sens littéral, ou d’une personnification plus banale d’un diable friand de mensonges, de promesses creuses et de manipulation ? Qui sait et c’est dans ces zones grises alléchantes que « Utopia » brille vraiment.