En 1973, Van The Man avait effectué une tournée triomphale aux États-Unis dont il était revenu épuisé, physiquement et émotionnellement. Son mariage venait de s’achever sur un divorce et c’est en Irlande qu’il va aller se ressourcer alors qu’il n’y était pas revenu depuis six ans. Et l’influence de l’Irlande va être essentielle avec des ambiances acoustiques et celtiques évidentes (flute, contrebasse plutôt que basse électrique…), des cordes mais toujours discrètes et subtiles. L’album est écrit rapidement, enregistré de façon très informelle en quelques jours aussi. Les critiques en majorité ne l’ont pas épargné à sa sortie et Van l’a plus ou moins renié. La plupart de ces morceaux ne seront presque jamais repris sur scène. Aucun de ces morceaux n’est devenu un incontournable de son répertoire. Cependant, avec le recul il a été réévalué depuis, ce qui n’est que justice, car on peut le voir comme un complément d’« Astral Weeks » de 1968, un de ses chefs d’œuvre, même s’il est un cran en-dessous. On peut le qualifier de bijou ignoré de sa discographie. Ne cherchez pas de sens au titre, un quelconque lieu ou un message caché, c’est juste le nom d’un personnage inventé par Van !
En l’écoutant, on se rend compte du charme qu’il dégage, des paroles toujours aussi poétiques. Vocalement, Van se permet même d’aller dans les aiguës comme dans « Who Was That Masked Man ». «Streets of Arklow » décrit une journée parfaite dans le « pays verdoyant de Dieu » et rend hommage à la ville du comté de Wicklow visitée lors de ce voyage irlandais. Les premiers mots de la chanson (« And as we walk through the streets of Arklow, oh the colors of the day warm, and our heads were filled with poetry, in the morning coming into dawn ») évoquent la nature, le retour aux racines. Des thèmes qu’on retrouve dans les chansons « Bulbs » et « Cul de Sac » qui se concentrent sur l'émigration vers l'Amérique et le retour au pays. Bien qu’inégal, cet album distille un charme pastoral, un swing nonchalant, un bonheur audible d’être de retour chez soi, nous offrant sa vision personnelle et imagée de l’Irlande. Des artistes comme Sinead O’Connor et Elvis Costello ont vanté les mérites de cet album. Pour ce dernier, "Linden Arden Stole The Highlights" est une de ses chansons préférées, narrant l'histoire de Linden Arden, un grand buveur de whiskey habitant San Francisco qui décapite une ribambelle de gangsters. Après cet album, Van va rester silencieux pendant trois ans, ne faisant ni album ni tournée. Il consentira juste à faire une apparition pour le dernier concert de The Band, « The Last waltz ».