Dans la catégorie : “Mad Dog réécoute les disques qu'il avait lorsqu'il était étudiant” après Benabar : Vincent Delerm. Oui, oui... vous avez bien lu, j'ai le 1er cd de Vincent Delerm. Est-ce que j'aimai bien ça ou alors est-ce que je l'ai fait pour draguer une fille qui aimait bien ? Est-ce que ça a bien vieilli en fait ?


J'ai mis le cd, j'ai réécouté et j'ai été pris d'un sentiment contradictoire : D'un côté j'ai trouvé insupportable cette description du microcosme parisien qui se regarde le nombril. Et de l'autre, j'ai ri.




Et je crois que j'aime, mais avec une distance ironique où je regarde le monde Vincent Delerm évoluer mais sans y appartenir. La même distance ironique que Delerm met dans ses propres chansons d'ailleurs. C'est un album d'étudiant en lettres à la Sorbonne qui regarde son milieu parisien d'un oeil cynique mais qui n'a pas non plus envie d'en sortir. Après tout, Delerm a fait sa thèse sur Truffaut et on retrouve ce même esprit et cette impression d'être dans un slice of life parisien qui décortique la vie des petits bourgeois tout en étant un soit même. Après, c'est assez facile d'y voir l'influence de Truffaut : une de ses chansons est un hommage à Un homme et une femme.


Le pire, c'est que l'album ne nous prend pas en traitre : C'est tout à fait le genre de la maison de disque Tôt ou Tard, où il a été patronné par Thomas Fersen (que j'aime bien mieux) et il ne nous prend pas en traitre. Même la pochette qui représente un photomaton de Delerm est une représentation de ce qu'on va trouver dans l'album. En tant qu'étudiant en lettre qui se gavait de bd indépendante française, c'était un peu le genre d'objet culturel dans lequel je baignais.


La piste n°2 est tout à fait représentative de l'écriture de Delerm sur l'album : il est au zoo et met côte à côte les discussions banales des gens sur ce qu'ils voient (“je déteste les vautours” / “Ho on le voit plus”) et les phrases qu'ils font sur leur vie (“ça pouvait plus durer” / “Et toi, t'es toujours avec cette conne ?”) Et je saurai même pas vous dire pourquoi je trouve ça particulièrement drôle.


Alors, oui, ça me fait marrer. J'ai redécouvert la chanson Tes Parents, et celle-ci me fait même plus marrer vu que j'ai 40 ans et que j'ai rencontré, à plusieurs reprises, les parents des compagnes que j'ai fréquenté et qu'à chaque fois je devais me tenir à carreau. Idem pour la chanson Le monologue Shakespearien, qui m'a rappelé certains spectacles d'art que je me suis fadé lorsque j'ai fait ma spécialisation théâtre.


A l'inverse, j'avais un bon souvenir de chanson Châtenay Malabry, qui parle d'une vieille dame qui se sent tout à coup seule après les fêtes une fois que tout le monde est parti. Ça m'a rappelé ma grand mère qui devait se retrouver dans sa maison du Mans, vide. Mais les détails très parisien (et parisien d'arrondissement ultra-chic) m'ont mis trop de distance. Je me suis surpris à penser “bon, on va quand même pas pleurer pour une vieille bourgeoise.”


Et le pire, c'est que je comprends tout à fait les critiques de l'époque. J'ai pas pu réécouter cet album sans repenser au sketch de Groland sur Vincent Delermo “Les samedis après midi à Pantashop” tant l'utilisation de name-dropping de marques ou de célébrité y est constant. (Notamment la chanson Cosmopolitan, qui part pourtant d'une idée intéressante.) Idem, j'ai pas pu réécouter la chanson Deauville sans repenser au pastiche des Fatal Picard : “c'est quand même chiant Vilnius sans Trintignant.”)


Et surtout le mec fait dans la facilité. Ok, je comprends les chansons qui durent à peine deux minutes et qui n'ont pas besoin d'être plus élaborée, mais il y a des rames faciles, des phrases qui sentent le manque d'inspiration, et qui semblent placer là pour boucler une fin de paragraphe.


Mais surtout : purée, la voix est atroce.

Je sais que chez Delerm va s'améliorer et que ça va avec les disques suivants (je me souviens avoir écouté l'album Favorite Songs sans déplaisir) mais avec le recul, c'était ses débuts et il chantait vraiment pas bien. Et c'est super énervant à écouter tant la voix ne tombe pas juste. Je me rends compte que j'avais pas mal de tolérance lorsque j'étais étudiant, parce qu'une fois écouté le cd je me suis dit “ok, je fais écouter deux ou trois chansons à ma copine pour voir si ça la fait marrer aussi et je ne réécoute plus ce disque.”


La réaction de ma copine fut sans appel : "c'est affreux, on dirait qu'il se masturbe pendant qu'il chante. Du coup, j'arrive même pas à me concentrer sur ce qu'il dit."


Donc, oui, mais non.

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le 5 juin 2026

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