Avant Internet, j'avais principalement accès à la French Touch par la télévision, et si par quelques miracles, elle m'a fait découvrir des noms comme Vitalic, Cassius, Tellier ou Air, la plupart du temps, je bouffais la même merde que les autres. Et souvent la même en boucle, savoir-faire ultime du mainstream pour te la faire avaler, voire apprécier malgré le goût. Dans ce domaine, « Love Generation » a été un cas d'école, on l'entendait partout, du générique de la Star Academy à la coupe du Monde 2006, de la cour de récré à la boite de nuit – je n'y avais pas accès mais paraît que - ça sifflotait gaiement, ça « Pam-Pa-Pa-Pomait » et ça avait fini par prendre la tête. Je me demande si Bob lui-même la joue encore ou la supporte toujours aujourd'hui. En tout cas, avec ce tube, il avait fini de conquérir le monde et était devenu l'un des DJ les plus en vogue.
En comparaison à ses comparses ‘mainstream’ ayant percés à la même période David Guetta et Martin Solveig, il est celui dans le début discographique s'en sort le mieux. Ses trois premiers albums sont intéressants à leurs façons, chacun apportant leur petite pierre à l'édifice ; si « Paradise » touchera tout amateur de French Touch, « Champs-Elysées » et « III » lui donneront un côté clinquant, comme une nuit dans les boîtes les plus embourgeoisées, dans les rues les plus lumineuses de la capitale. Les tubes étaient déjà là ; « Feel For You », « The Beat Goes On », « Kiss My Eyes » mais avec « Love Generation », l'envie de toucher le grand-public se veut plus prégnante que celle de jouer au DJ. Il y réussira, « World Hold On » basé quasi sur la même formule renforcera son succès planétaire. Malheureusement, Western Dream et ce qui suivra, signera la fin de sa consistance discographique.
Je me fais avoir en 2006, sûrement plus par la promotion que par les morceaux eux-mêmes ; en tout cas, je me retrouve avec le disque dans ma sacoche à Cds. Dessus se trouve aussi son troisième plus gros tube, « Rock This Party », que j'ai toujours trouvé putassier, même à quinze piges. Je connaissais le titre originel et pour moi, ce nouveau mélange ne fonctionnait pas. J'appréciais la cohérence dans les clips, où l'on retrouvait ce jeune garçon fou et rêveur, mais sans pour autant trouver qu'ils étaient de qualité. On n'est pas sur l'Interstella d'autres frenchies qui a bercé mon enfance… Malgré ces avertissements, Western Dream sera mon disque de vacances 2006, acheté juste avant de partir dans le Sud dans mon Leclerc local. Et il sera donc écouté plus de fois qu'il n'aurait dû.
Ça commence plutôt mal, avec « Love Generation » qui ouvre le bal dans sa version longue… ce n'est pas comme si on n'était pas déjà en pleine indigestion ! Bien sûr, encore jeune, j'arrive à prendre un peu de plaisir à la progression du morceau et sa remontée piste par piste à mi-parcours ; ce n'est plus le cas à l'heure où j'écris ces lignes. « Tennesse » faisait partie de mes titres préférés, car il m'emmenait dans un autre monde, celui de la country, que je ne connaissais pas à l'époque et trop peu aujourd'hui. Le mix prend encore mais je peux comprendre qu'un amateur du genre ne soit pas aussi enchanté que moi. Surtout par le pont à 3:40 et ses « O-ho-ho-hoo » navrants. « Tennesse » était en tout cas en parfaite adéquation avec le titre de l'album et sa pochette. « Everybody Movin' » et sa ligne synthétique par contre, me rebutaient et je n'ai pas changé d'avis. Ça ne va nulle part, n'a aucune cohérence dans la tracklist, les chœurs sont greffés n'importe comment et j'aurais moi-même pu le composer sur Ejay.
On a ensuite la version longue de « World Hold On », un peu plus digeste que celle de « Love Generation » mais que je zappais tout aussi vite. Puis on arrive sur ce que je juge être le meilleur morceau de l'album « Miss Me », qui aurait fait un bien plus beau troisième single que « Rock This Party ». C'est encore une fois très basique ; de simples notes à la guitare et à la bass, un beat Dance et la voix chaleureuse de Gary Pine, mais ça fonctionne sans trop vouloir en faire comme les autres tubes.
Je viens d'apprendre que le titre suivant « For You » est co-produit avec Martin Solveig et j'aurais pu le deviner tellement l'on retrouve le style plein de candeur du bonhomme, ses emprunts Rock aussi rigolos que maladroits. Le reste de l'album nage entre ces différentes eaux, choisit plutôt la guitare acoustique à l'électrique, « Shining from Heaven » ressemble à un pastiche des singles, « Amora Amor » est trop minimaliste pour vraiment réussir son hommage au caliente et la balade « Give a Lil Love » prouve que Bob aurait du se cantonner à la Dance.
Western Dream ressemble à ces albums réalisés dans la foulée après un tube, en tournant autour sans réussir à dépasser l'original. Même si deux-trois autres morceaux sortent du lot, en reprenant la formule ou en s'aventurant ailleurs, Sinclar concrétise rarement les essais. Il montre aussi des signes alarmants que l'on retrouvera surtout dans son suivant « Born in 69 », à savoir des morceaux où les pièces ne s’imbriquent pas, donnant un tout presque dissonant et forcé. Entre ces deux albums, moins inspirés, il continuera à essayer de surfer sur son gros succès, en produisant encore quelques tubes sympathiques (« What I Want », « Together »…) jusqu'à sombrer dans le mauvais goût avec « Lala Song », ce qui signera la fin de sa période dorée. Je le lâcherai à cette période, n'ayant jamais compris le succès de « Far l'Amore ». Il se rattrapera néanmoins période Covid sur ce qu'il sait faire de mieux, à savoir DJ ; faire découvrir la musique qu'il aime et qui fait bouger. Il retrouvera alors l'estime qu'on pouvait lui porter à ses débuts, comme pour boucler la boucle.
(Mon enfant intérieur a mis 6 mais ça vaut 5).