Chronologie The Beach Boys - Part. 13 : https://www.senscritique.com/liste/chronologie_the_beach_boys/4141338
"Smiley Smile" a marqué la fin abrupte de la course aux étoiles menées par les Beach Boys depuis "All Summer Long" pour devenir le groupe numéro 1 de la pop music américaine , voire mondiale. Ils se retrouvent à ce moment là avec un leader brisé , une réputation un peu moqueuse de groupe de chorale , désormais loin des supra-cool Beatles, et un avenir incertain devant l'impossibilité d'augmenter en complexité et en innovation. De manière logique et compréhensible, le groupe décide de prendre un nouvel élan en utilisant la formule de leurs débuts : essayer de recycler et d'adapter à leur sauce la musique qu'ils aiment écouter. En 1962, c'était le rock'n'roll à la Chuck Berry , et en 1967 ce sera donc des sonorités plus soul / R'n'B à la Motown , résultant dans ce "Wild Honey".
Comme sur "Smiley Smile", ce sont les Beach Boys dans leur ensemble qui sont crédités à la production, et il y a une volonté d'épure instrumentale et de recadrage en terme d'identité qui fait qu'il n'y a quasiment plus de morceaux avec des musiciens extérieurs à la Wrecking Crew (hormis les cuivres de "Darlin" et les cordes de "Aren't you glad"). On se concentre sur le savoir faire des membres du groupe pour la compo et l'enregistrement des instrus , donnant un aspect plus simple et intimiste qui marche très bien même si il tranche forcément avec la fabuleuse période 65-66 où seul Brian était aux commandes.
La grande nouveauté (et incroyable satisfaction) dans "Wild Honey" , c'est bien sûr la place prise par Carl au lead chant sur les morceaux les plus soul ("Wild Honey" , la reprise de Stevie Wonder "I Was Made to Love Her" , "Darlin'" et "How She Boogalooed It" , la première compo de l'histoire du groupe qui n'est pas du tout attribuée à Brian), qui coïncident également aux meilleurs de l'album. Il se donne à fond , et c'est un réel plaisir de voir le benjamin du groupe prendre autant d'importance et d'assurance, et se révéler définitivement avec sa propre identité vocale, et non plus comme une version plus douce de la voix de Brian comme il pouvait le sembler sur certains morceaux plus anciens. Il y a quand même quelques ballades chantées par Brian qui ont des échos évidents avec la période "Pet Sounds" en plus léger ("Let the Wind Blow" , "I'd Love Just Once to See You") et une petite touche de "SMiLE" pour finir avec "Mamma Says", a-capella très sympa extrait du "Vege-Tables" initial et qui n'avait pas été conservé sur "Smiley Smile". Mais mon morceau préféré du lot est le fabuleux et aérien "Country Air" , chanson absolument magnifique qui arrive à faire ressentir la pureté et la fraicheur de la thématique qu'il essaye d'explorer, ce qui en fait une totale réussite avec son cocorico vivifiant.
Au final on a donc ce minuscule album de 11 chansons en même pas 25 minutes, et cette image de groupe en reconstruction, comme un accidenté qui réapprend prudemment à marcher. Quant à la volonté de se détacher de leur style initial pour coller à un autre genre et renouveler leur identité, elle aurait pu paraitre superficielle et opportuniste, mais au vu de la grande qualité du résultat global et de la plupart des morceaux on se dit que cette version Soul du groupe était en réalité un formidable marche pied pour repartir de l'avant et retrouver ce nouveau souffle qui allait donner tant de merveilles par la suite.