Après la séparation houleuse des Fab Four, Paul était perdu et se perdait dans l’alcool et les addictions. En pleine dépression, il mettra des mois à retrouver goût à la musique avec un 1er album éponyme en solo expérimental, sympathique mais très imparfait. Le 2e « Ram » album avec sa femme Linda, est d’un autre cran bien que dézingué à l’époque par la grosse majorité des critiques et même ses potes John, George et Ringo. Linda a aussi reçu son lot de critiques assassines. En 1971, il décide de recréer un groupe autour de lui et sa femme ainsi qu’un 3e comparse, Denny Laine, alors dans une mauvaise passe. C’est Denny Seiwell qui se chargera de la batterie. On est d’accord, le groupe n’est qu’un nom comme si tous les membres étaient à égalité (bonne blague), car tout est bel et bien dirigé par Paul, les autres n’étant que des exécutants. Lui a écrit tous les morceaux et prend toutes les décisions. Bon, les conditions d’enregistrement de ce 3e album sont pour le moins rudimentaires puisque Paul et sa famille vivent alors dans une ferme reculée d’Écosse, entourés d’animaux dont un troupeau de moutons, où au départ il n’y avait même pas l’électricité. C’est là dans une sorte de grange, qu’il s’est fait aménager une sorte de studio personnel. Intitulé « Wings Wild Life », l’album se révèle loin des qualités de « Ram » mais se fera descendre de la même manière. Un album « à la cool » (peut-être un peu trop), « en famille », ce qui n’a rien de rédhibitoire si les chansons tiennent le coup mais là, c’est loin d’être le cas.
Macca est un musicien génial, oui, mais à ce moment-là de sa carrière, il ne savait pas trop où se diriger. Avec « Bip Bop », il nous fredonne une mélodie marrante comme il le ferait pours ses filles mais est-ce que ça suffit à faire une bonne chanson ? Évidemment non. « Love is strange » est un morceau à la sauce reggae, mouais. « Dear friend » essaie d’aplanir les angles pointus avec Lennon, Paul ayant toujours refusé d’entrer dans la surenchère avec son vieux pote. C’est peut-être le morceau que je sauverais de cet album car le reste est quand même très banal et on a peu de vraies bonnes mélodies à se mettre dans les oreilles. Moi, j’ai compris cet album comme une prise de repères avant la suite, album spontané et même largement improvisé donc bourré de défauts et en même temps pas désagréable par sa simplicité. Un bilan très mitigé cependant. Je vous conseille largement l’édition CD remasterisée de 1993 avec en bonus les singles sortis hors de l’album et qui vont connaître un certain succès : "Give Ireland Back to the Irish", un des très rares titres politiques de Paul, évoquant les tensions en Irlande, interdit par la BBC mais qui va cartonner en Irlande (logique vu le message) et…en France, oui, oui ! Ont été aussi inclus "Mama Had a Little Lamb", ainsi que "Little Woman Love" et "Mama's Little Girl" (des faces B). Ça remonte ma note d’un point. Les Wings allaient repartir sur les routes en février 1972 dans une tournée largement improvisée des universités britanniques, à la surprise générale, jouant sans être annoncés ou presque pour quelques cents par billet. L’étape suivante en 1973 allait pratiquement le hausser au niveau des Fab Four avec « Band on the Run » et la reconnaissance mondiale. Même John a voué que c’était « un bon album » ! Une maorce de réconcialiation entre les deux frères.