En 1979, le disco était quasiment mort, pas encore terminé mais moribond. Les frères Isley, eux, pour leur 17e album, se lancent dans un album qu’ils veulent double, le seul de leur carrière. Tous les membres vont composer, arranger et produire cet album qui va être un nouveau succès car le groupe sait ce qu’il fait. Depuis « 3+3 » en 1973, leur succès était fulgurant et ils dominaient les seventies avec une série d’albums très solides, salués à la fois par le grand public et par les critiques. Ils avaient suffisamment d’expérience pour ne pas se lancer dans un album purement disco et commettre un faux pas regrettable. Ils ont toujours privilégié une fusion rock, funk, soul et ballades douces et ils gardent cette recette de base en lui incorporant des touches de disco. Mais des touches seulement. Et c’est pour cela que cet album a réussi à passer les décennies : la guitare d’Ernie est toujours là, la voix de Ronald est merveilleuse, en particulier sur les ballades. À vrai dire, le seul morceau qu’on puisse classer dans le disco est « It's A Disco Night (Rock Don't Stop) (Parts 1 & 2) ». Le but est clairement de faire danser avec la plupart des titres divisés en deux parties, faire durer le plaisir sur le dancefloor mais attention, sans remplissage, un des gros risques du double album.
Le 1er disque est plus funky dance, avec « I Wanna Be With You (Parts 1 & 2) », le plus grand tube de l’album, terriblement efficace dès les 1ères notes, mais aussi « Liquid Love (Parts 1 & 2) » et ses guitares rock. « Winner Takes All » enfonce le clou : impossible de résister. Le 2e disque mise plus sur les ballades, que ce soit « Let's Fall In Love (Parts 1 & 2) » ou « How Lucky I Am (Parts 1 & 2) » calment le jeu, histoire de reprendre un peu son souffle avant de finir à nouveau en beauté (et en se trémoussant !) avec « Go For What You Know » et « Mind over matter », les deux derniers titres qui remettent du jus et vous donnent envie de bouger tout ce que vous pouvez. Loin, très loin, de la disco formatée par des producteurs avides, c’est l’extrême variété du groupe qui emporte les suffrages. Un mélange harmonieux de magnifiques ballades et de morceaux dance, qui sont la preuve du talent considérable, de la longue expérience et de l'incroyable polyvalence des Isley Brothers. Même les amateurs de rock s’y retrouvent ! Sans atteindre le succès de leurs albums précédents, « Winner Takes All » s’est hissé à la quatorzième place du Billboard 200 américain et à la troisième place des charts R&B américains. Pas mal ! Ce succès allait se poursuivre encore quelques années alors que la vague du disco, elle, était passée. C’est à la résilience, la capacité à innover et à l’influence sur d’autres artistes qu’on reconnaît les grands groupes.