Il y a dans Wolf’s Law une ambition sonore qui frappe immédiatement : The Joy Formidable ne cherche pas à faire dans la demi-mesure. Avec ce deuxième album, le trio gallois affiche une volonté manifeste de hausser le ton, d’élargir sa palette, et de frapper plus fort encore que sur The Big Roar. On sent dès les premières secondes que le groupe vise une ampleur quasi-cinématographique. Et si cette audace force le respect, elle n’est pas toujours pleinement maîtrisée.
"This Ladder Is Ours", morceau d’ouverture, est à l’image de ce que propose l’album dans son ensemble : un déferlement d’énergie brute, où les guitares saturées, les percussions massives et la voix aérienne de Ritzy Bryan se mêlent dans un tumulte aussi galvanisant qu’exigeant pour l’auditeur. L’effet est immédiat, presque viscéral. On se laisse embarquer dans cette vague sonore avec enthousiasme, grisé par cette intensité sans concession.
Mais à force de maintenir la tension à son comble, le groupe semble parfois s’enfermer dans une logique de surenchère. Les morceaux s’empilent avec une densité constante, et cette absence de respiration finit par émousser l’impact émotionnel de certains titres. Là où un contraste mieux travaillé aurait pu amplifier la puissance de certaines envolées, Wolf’s Law choisit trop souvent l'accumulation.
Cela ne veut pas dire que l’album manque de moments marquants — bien au contraire. "Silent Treatment", par exemple, tranche radicalement avec le reste de l’album : c’est un titre dépouillé, presque fragile, qui met en lumière la voix de Bryan avec une sincérité désarmante. Ce choix d’épure rappelle à quel point le groupe peut toucher juste lorsqu’il ose la retenue. De même, "The Turnaround", avec ses arrangements orchestraux élégants, apporte une profondeur émotionnelle bienvenue et donne au disque une fin tout en grandeur, plus contemplative.
Là où Wolf’s Law impressionne vraiment, c’est dans la richesse de ses textures sonores. Les couches de guitares, les arrangements de cordes, les transitions parfois abruptes mais souvent audacieuses, tout cela témoigne d’un véritable soin de composition. Le groupe semble animé par une envie constante de repousser les limites de son style, de transcender le simple format rock pour aller vers quelque chose de plus ample, presque symphonique.
Mais cette ambition est aussi à double tranchant : elle donne lieu à des morceaux parfois trop lourds, trop chargés, où l’émotion se perd dans la démonstration de force. On ressent une certaine frustration face à ce potentiel qui ne demande qu’à exploser, mais qui est trop souvent dilué dans une production qui ne laisse que peu de place au silence, à la subtilité, à l’imprévu.
En résumé, Wolf’s Law est un album généreux, passionné, souvent spectaculaire, mais parfois étouffant. Il témoigne d’un groupe en pleine affirmation, qui n’a pas peur de prendre des risques et de viser grand. Même si le résultat est inégal, il reste profondément sincère et offre plusieurs moments de grâce. C’est un disque que j’ai écouté avec un mélange d’admiration et de distance critique — un album que je respecte plus que je ne l’aime pleinement, mais qui ne laisse jamais indifférent.
Note personnelle : 7/10
Une œuvre audacieuse et sincère, marquée par une intensité constante qui fascine autant qu’elle épuise. Un beau désordre sonore, dont la force aurait gagné à être mieux canalisée.