One-shot graphique à la poésie mélancolique,
Insekt est d'une évidente simplicité. Sascha Hommer, auteur et illustrateur allemand, signe là sa première bande-dessinée, sous forme de conte enfantin à destination de tous les publics, et évoque avec tact et retenue la différence et la solitude imposée qui l'accompagne encore trop souvent.
Pascal vit dans une ville saturée de pollution, au point qu'on n'y voit pas à deux pas et qu'on n'y distingue pas les traits de ses amis. Depuis qu'il a été élu délégué de sa classe, Pascal retient l'attention des filles. Jusqu'à ce que l'une d'elle découvre, à la lumière du ciel dégagé, qu'il n'est pas un humain mais un insecte. Dès lors ses anciens camarades le harcèlent et le rejettent. Violemment. Pour autant, Pascal ne se sent pas différent.
Dans un noir et blanc pointillé envahi des masses noires de la pollution des activités mécaniques qui régissent la vie humaine, Sascha Hommer fait évoluer ses personnages naïfs à travers de larges pages de quatre cases, comme pour se contenter de l'essentiel, sans jamais mettre de côté un sens particulier du détail. Graphiquement, Insekt paraît basique, presque brut, mais l'ensemble dégage une forme de poésie mélancolique qui convient idéalement au
conte résolument optimiste
ici développé.
Belle découverte, Insekt est un album sans autre prétention que d'amener tout un chacun, dès le plus jeune âge, à réfléchir posément à son comportement et à l'expression de ses a priori. Doux et tendre, le message de l'auteur est
une invitation à la tolérance
autant qu'une constatation évidente que ceux qui se blessent réellement dans l'expression violente du rejet de l'autre sont ceux-là même qui jugent et se privent de la connaissance de cet autre. Franc et poétique, Insekt est un album très beau, à partager d'urgence avec les plus jeunes lecteurs qui sauront instinctivement s'identifier à ce petit bonhomme échappé d'intolérance que le jugement des autres ne trompe guère quant à ce qu'il est.