C'est toujours chouette de voir des trucs expérimentaux ; l'expérimentation, c'est un moyen de bousculer un peu les codes d'un médium, de le remettre en question, d'en explorer les limites. Cela ne donne pas forcément lieu à des chefs d’œuvres, mais ça reste quelque chose d'amusant.
La réappropriation du langage informatique est ludique, amusante. Mais l'histoire est un peu trop linéaire et manque d'emphase : ça se lit, oui, c'est amusant de voir cette réappropriation, mais en soi le récit est très pauvre, peu intéressant, si bien qu'une relecture paraît inutile. Le graphisme est sympa, mais c'est parfois un peu brouillon ; l'auteur explique qu'il a choisi la technique de la gravure pour gagner en lisibilité, à mon avis il aurait dû privilégier un trait simple et propre, pourquoi pas de la ligne claire en mode minimaliste ? Parce qu'en l'état, les gravures n'aident pas à rendre le récit plus lisible. Mais le rendu est sympa. La mise en page est intéressante aussi (j'ai cru comprendre qu'il existait une version papier ? j'ai survolé le 'malking of' qui ressemble plus à un dossier qu'on présente à des éditeurs qu'à un véritable document réalisé pour renseigner les lecteurs sur les dessous de la conception) même si je n'ai pas trouvé de pertinence au fait que ça monte, ça descend, ça fait une boucle, etc.
Au sujet du concept, j'ai trouvé la pratique assez laborieuse ; c'est peut-être lié à mon navigateur mais le défilement des cases manque de fluidité ; ce qui est frustrant aussi, c'est l'idée de laisser le lecteur choisir son récit, de lui laisser faire des choix narratifs. Clairement, ce concept est sous exploité, apparaît comme un petit plus au vrai concept de base. Du coup, le récit en souffre un peu : ces digressions ne servent pas à grand chose narrativement parlant (ben oui, en fait, ce n'est pas une ouverture vers une autre histoire, juste un cul de sac qui heureusement rejoint le récit principal là où on l'avait quitté), et techniquement parlant, c'est très chiant de revenir en arrière dans le cas où on a pris le bon chemin, qu'on se dit : merde faudra quand même aller voir c'était quoi à cet embranchement, perdre plein de temps ainsi, et puis constater qu'il s'agissait d'une petite boucle qui ne servait à rien d'autre qu'emmerder son monde.
Bref, y a de l'idée, mais ce n'est pas abouti, et puis l'idée du récit à choix est clairement trop sou-exploitée pour être pertinente.