Les Révoltés, tome 1
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Les Révoltés, tome 1

BD franco-belge de Jean Dufaux et Marc Malès (1998)


Ambiance contrastée entre bas-fonds et lueurs d'or,



ce premier volume des Révoltés propose de plonger dans les eaux troubles d'une famille trop riche pour ne pas se craqueler sous la pression à travers le regard d'un auteur qui fut l'un des leurs un temps, soudain rattrapé par le suicide inaugural du fils millionnaire.


Du début des années cinquante où Jimmy lâche délibérément le volant de sa décapotable, coffre bourré d'explosifs, au coeur d'un des innombrables champs de pétrole de son acariâtre géniteur au coeur des années trente au cours desquelles Waldo a fréquenté la luxueuse demeure familiale, ce dernier nous emmène à la recherche de Blanche, jeune femme indépendante qui ne rêvait que de s'affranchir des valeurs paternelles. Jean Dufaux prend le temps de poser ses personnages et de jouer



des non-dits qui remplacent les liens de sang,



y prennent la place du partage, et laisse malicieusement planer le mystère autour des origines d'un héritier à la lignée trouble : exploration lente du passé et constat d'éclatement mortifère de la famille, le rythme tend l'intrigue.



Jimmy ne pesait pas lourd. Comme si rien ne l'habitait. Juste un
vent fou...



Folie dégénérative sous l'oeil désoeuvré d'une mère plus solide que volubile, les personnages se révèlent en tentant de lutter de toutes leurs forces contre les fatalités d'une tragédie depuis longtemps ancrée dans leurs gènes.


Le dessin de Marc Malès est léché, peut-être un peu trop. Les regards expressifs des personnages sondent le lecteur, peut-être un peu trop. Les couleurs teintent l'atmosphère idéale au récit, peut-être un peu trop. Que dire ? Graphiquement, tout cela est très séduisant, le travail s'apprécie mais malgré l'application visible,



une forme de patine lisse glisse une certaine distance,



une espèce de tendresse visuelle retient l'immersion.


Bel ouvrage auquel il ne manque pas grand-chose pour inspirer l'emballement, Les Révoltés entraîne le lecteur sur les traces indélébiles des écarts et des échecs d'un passé trouble pour tenter de raconter



la dissolution irrémédiable d'une trop riche famille américaine



à travers les implications lointaines d'un narrateur qui tente autant de trouver quelques réponses à son existence que de fuir la pièce et le scénario de commande qui l'envahissent.
Entrée en matière maîtrisée sous l'apparence lisse.

Créée

le 8 janv. 2018

Critique lue 61 fois

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