Tabloïd du turfu

Avis sur Mirai Nikki

Avatar Josselin Bigaut
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Le futur. Une perspective abstraite dont nous pouvons au mieux percevoir les contours nébuleux d'ici à ce que nous nous en rapprochions suffisamment pour que, le présent advenu, nous puissions enfin constater à quel point ses formes étaient trompeuses. L'avenir, on se le figure jusqu'à ce qu'on se qu'on lui rentre dedans, poussés que nous sommes par une temporalité à laquelle nous ne pouvons nous soustraire ; le futur n'est pas certain : il est inéluctable.

Je n'ai pas de portable magique qui me dise la bonne aventure, je n'ai que des yeux pour voir et un fond de jugeote pour réfléchir. Et cela, cela seul m'aura suffi à prévoir trait pour trait l'horizon qui se dessinait devant moi. Dépourvu de pouvoir mais heureusement doté d'un bon sens des plus élémentaires, je savais. Je savais que j'allais me perdre dans un contenu de très mauvaise facture.
Un chapitre ; il s'en sera fallu d'un chapitre pour me décider. Mon avenir au terme de cette lecture, je ne le devinais pas radieux. Saine prédiction que celle-ci, car finalement avérée.

Plus tôt l'abcès sera crevé et plus tôt le pus en aura fini de sécher ; Mirai Nikki n'est ni plus ni moins qu'un Sword Art Online ++. Ce n'était pas un bishônen bichonné par un auteur un peu précieux mais un quasi-shojô qui, du shônen, n'en aura hérité que le plus irritant. Le summum du gnangnan de ce qui se fait dans le milieu de la romance, on vous le servira avec un supplément hystérie névrosée. Ça a trouvé son public et ça le doit en grande partie à son adaptation animée.

En amour, trompe qui peut. En édition aussi. Pour peu qu'on n'ait rien à offrir, il faut savoir tricher. Une première impression réussie, une habile tromperie sur la marchandise, et on s'agglomère un lectorat qui, captivé par une première impression soignée, restera à la remorque de la publication en espérant renouer un jour avec son expérience première.
Cette manœuvre crapuleuse, Sakae Esuno ne s'y sera pas adonné. Pas tant par intégrité que par incompétence en réalité. Car si lui non plus n'a rien à proposer concrètement, il parvient en plus à très mal nous introduire son préambule à l'inanité.
Des personnages mièvres et mignards aux glandes lacrymales si fragiles qu'on meurt d'envie de les suturer. Oui, d'entrée de jeu, ça pleure, ça crie ; un véritable ballet s'engage alors sur le tempo de l'hystérie infantile. Il ne sera pas gracieux. Avec la balourdise d'un grizzli, l'auteur entamera une chorégraphie douteuse et n'en finira pas de nous marcher sur les pieds en plus de nous les casser. Les pieds.

Shinji Hikari, vous ici ? Je n'osais vous espérer. En réalité, j'espérais ne plus jamais avoir à me confronter à vous. De ce qui aura été filtré du protagoniste de Neon Genesis Évangelion, Yukiteru n'en retirera que le pire. Un personnage stupidement asocial, constamment impuissant et résigné (qui se fait aussi rouler un patin par un garçon). Indécis d'un destin dont il est pourtant sûr de l'issue, il sera cette perpétuelle tête à claque geignarde qui s'évertuera à ne rien apporter à l'intrigue dont il est pourtant le personnage principal.
Qu'on se représente Slam Dunk. Voyez le ballon de basket ? C'est lui. À se laisser trimbaler docilement par tous ceux qui l'entourent, il tirera le tarot mais jamais l'épingle du jeu à même de justifier son rôle et sa place dans le récit. Un fétus de paille ballotté au gré des vents ; voilà pour le protagoniste central de l'œuvre. L'affaire n'est pas des plus engageantes et le devient moins encore lorsque l'on découvre que Yukiteru n'est pas le pire. Sa comparse Yuno nous permet de relativiser sa médiocrité alors que ce personnage-ci n'est qu'un déballage d'hystérie sans borne et l'amorce d'une intrigue amoureuse qui n'a ni queue ni tête.
N'espérez évidemment rien des personnages secondaires, personne n'attendra dans les fourrées pour vous surprendre de par son originalité ; l**e reste du cheptel est puisé à la louche dans la même fosse sceptique**. Le festival des personnalités insipides est de sortie : restez chez vous.

S'il fut si aisé de deviner les traits de l'avenir qui se dessinait devant moi au profit de cette lecture, c'est encore car le crayonné est plus fade encore que ne saurait l'être la trame. Au programme, visages lisses et inexpressifs s'en tenant à deux émotions maximum, prunelles humides de quinze pieds de long et sourires niais. Quand on se présente comme une caricature de manga, c'est qu'il y a de grandes chances que l'on en soit une. Mirai Nikki a effectivement l'air de ce qu'il est, ce qui en soit n'est pas flatteur.

Puisque la liste des prétextes pour ne pas poursuivre la lecture de ce Shônen passé le premier chapitre n'était apparemment pas suffisamment longue au goût de son auteur, ce dernier employa alors tous les moyens à sa disposition de sorte à rendre son œuvre inintelligible. Bâcler sa narration et l'ordonnance même de ses planches constituent à cet effet des valeurs sûres. Il lui manque une case si ce n'est deux. Au chapitre, j'entends. Les transitions entre deux scènes ne sont pas nettes et la cassure rebute particulièrement qui cherche à comprendre ce qu'il lit. Les jonctions entre deux cases ne s'opèrent pas naturellement au point où on a le sentiment d'avoir manqué quelque chose. Nous avons effectivement manqué quelque chose : une occasion de ne pas lire Mirai Nikki.
Un chargé éditorial sera manifestement passé par là suite à l'embrouillamini des débuts puisque les chapitres suivants gagneront en clarté. J'ai parfois l'impression de lire des mangas dont le premier chapitre aura été publié sans que jamais personne dans la maison d'édition ne l'ait lu. Ça expliquerait bien des choses.

Pour ceux qui auraient un jour rêvé de lire Battle Royale sans le sentiment de danger continuel entourant des protagonistes bien écrits, soulignant ainsi la teneur dramatique de leur condition, Mirai Nikki est fait pour vous. Un Battle Royale pop ; l'équivalent manga de la bière sans alcool. À défaut d'être enivrante, la lecture ne manquera pas de saouler. Maintenant que le vin est tiré, il faut le boire ; de la piquette premier choix à boire cul-sec douze volumes durant.
D'une lecture de Mirai Nikki, on en ressort avec la gueule de bois sans jamais avoir connu l'ivresse.

De même que je ne confierais pas un magnum chargé à un nouveau né, j'ai pour principe d'exiger d'éditeurs manga qu'ils ne laissent pas une intrigue impliquant des considérations temporelles entre les mains du premier auteur de Shônen venu.
Situé à trois chapitres seulement dans le récit, les incohérences tombent comme la mousson en zone tropicale. D'autres auteurs se donnent au moins la peine de s'arroger les latitudes nécessaires le temps d'être pompeux avant de se viander. Esuno, lui, prend le parti de nous faire gagner du temps. On ne minaude pas, la chienlit est présentée telle quelle d'entrée de jeu. C'est honnête. Pas fameux, mais honnête ; il situe d'emblée dans quelle décharge sera planté le décor, que ceux qui auraient les narines fragiles rebroussent chemin. Mon sens de l'odorat, j'en ai fait le deuil depuis un moment déjà. Mes sinus ne me le pardonneront pas, mais l'œuvre fait - tout juste - partie du top 100 Manga SensCritique ; je ne saurais dès lors m'acquitter de mon sacerdoce sans l'avoir égratigné de ma plume.

Sans bénéficier pouvoir de prédire le futur, on sait à ce stade que l'on va passer un très sale quart d'heure (la lecture des douze tomes dure hélas plus longtemps). Je suggérerais bien de prendre de la lecture pour passer le temps mais le support ne se prête pas à l'échappatoire.
Mirai Nikki, le manga d'un concept seulement, qui s'imaginera pouvoir s'en tenir uniquement à ce dernier et congédiera l'intrigue en conséquence. Une idée de base, c'est un début, pas une finalité. En architecture, les fondations ne suffisent pas pour bâtir une maison ; une averse suffit d'ailleurs à s'en persuader. Battle Royale n'était le manga d'une idée fixe, le manga avait une histoire ficelée du début à la fin où chaque événement avait une incidence d'ici à ce que le dénouement soit à l'ordre du jour. Ce n'était pas une série de rencontres et de confrontations sporadiques avec un avec un adversaire occasionnel comme on y a droit ici.

Avec comme seule garniture, une histoire d'amour proprette et cucul ce qu'il faut pour lourdement entamer les nerfs d'un individu relativement sain d'esprit. Quant à ceux qui, comme moi, n'ont déjà été que trop esquintés par les lectures abrutissantes du même ordre, cette amourette naïve achèvera les résidus de patience qui n'attendaient que le coup de grâce depuis le premier volume.

Puisque la mort est sensée pleuvoir comme l'entend la thématique, les assassinats sont donc inventifs et hors-les-murs ? Pour prendre le pouls de ce à quoi nous aurons droit avec Mirai Nikki, je vous rapporterai le cas d'un personnage qui devine d'une tomate qu'elle est empoisonnée au poids mesuré depuis sa fourchette. Les meurtres ne tueront ici que votre enthousiasme. C'est souvent navrant de connerie quand ça n'est pas en plus mâtiné d'incohérences permises par la trame temporelle dont les tenants que sont les journaux du futur n'aboutissent à rien et s'avèrent finalement inutiles sans s'être montrés ingénieux.

Entre des ennemis sans charisme qui font "hahaha" en tuant des gens, des méchants qui, au fond, ont eu une enfance difficile au Moyen-Orient vous comprenez... la foire aux clichés Nekketsu est ouverte. Y'a là à boire, à manger et surtout de quoi saturer d'ici à ce que le contenu de notre estomac soit rendu à même le sol. L'action tapageuse n'est plus qu'un chaos aux explosions ternes qui ne sauraient susciter en aucun cas la panique ou l'angoisse au milieu d'une fin du monde sans enjeu véritable. Les personnages indiffèrent, le cadre dans lequel ils évoluent tout autant ; l'œuvre n'est plus qu'une ode à l'apathie qu'elle suggère.

Qui dit aléas de nature temporelle dans la trame implique fatalement l'édification d'une myriades de mondes parallèles. Je connais mon poison, à force d'en boire, j'y suis presque accoutumé. Subsistent encore quelques crises de nerfs et autres coliques néphrétiques aux symptômes post-lecture, mais dans l'ensemble, la mithridatisation a fait son office.
Pour qui cherche à mimer la profondeur en restant à la surface, l'intrigue temporelle est encore le nec-plus-ultra en la matière. Du drame - que dis-je - du dramatisme point alors ex-nihilo le temps de nous gratifier de cette vieille lune des personnages vivants dans un monde mais pas dans l'autre.
J'adore. Moi, les effets laxatifs dans dans le récit, ça contribue à ma jovialité. Ce qui ne déborde pas dans la cuvette de mes chiottes finit immanquablement au bout de ma plume de sorte à ce que la pestilence de ma critique soit à la juste mesure de l'œuvre concernée.

Tout cela aboutira logiquement à une fin décidément trop prétentieuse pour ce à quoi nous avons eu droit jusqu'à lors : du sentimentalisme de synthèse pour midinettes avec une histoire de pouvoir de prévision temporelle faussement complexe qui n'aboutira finalement à rien si ce n'est à pas grand chose. Ne conclue pas comme Stone Ocean qui veut. Pas Sakae Esuno en tout cas.

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