C'est l'histoire d'un chauve avec une cape qui défonce tout

Avis sur One-Punch Man

Avatar GeorgesBouche
Critique publiée par le

One-Punch Man.

Un concept absolument bidesque quand on y réfléchit.
Je vous jure, sur le papier, ça ressemble à ce qu'un gamin de 8 ans pourrait dire si on lui demandait à quoi ressemblerait son super-héros idéal.

Le concept, donc, tient en 3 mots. Comme c'est finement insinué par le titre, il s'agit là d'un super-héros qui bat tout ses ennemis en un seul et unique coup de poing. Et c'est tout.
Bon, il y a bien d'autres super-héros, qui sont organisés en une association qui finalement s'apparente plus à une entreprise en situation de monopole qui exploite la figure du super-héros à des fins commerciales qu'à une association, mais ça c'est juste pour faire plaisir aux bobos gauchistes qui pourront dire que One-Punch man fait la critique du capitalisme, du rêve américain ou de ce que vous voulez, l'intérêt du pitch n'est pas là.

On parle juste d'un mec chauve avec une cape qui one shot n'importe quoi.

Et c'est ça qui est génial, parce que le manga n'a besoin de rien d'autre. Des voyages dans le temps, des transformations invraisemblables, des tournois d'arts martiaux où les combattants n'ont plus rien à voir avec de vrais artistes martiaux ? Pas besoin, c'est pour les gamins de 12 ans et demi ça. Non, ici, on parle d'un manga entièrement tourné vers son pitch de base. Mais pas n'importe comment.

Parce que ce manga joue complètement avec les codes de son support, le nekketsu. Il nous propose l'exact inverse, en fait.

Et si la formule fonctionne, c'est parce que nous avons trop lu de nekketsu. C'est un genre bien sympa quand on ne connait pas, ou qu'on a entre 8 et 13 ans, mais il faut avouer qu'avec le temps, c'est un genre qui devient fade.
Mais c'est vrai qu'à force d'en lire, nous avons été habitués à y trouver toujours deux choses, fondamentales pour le genre. Et lorsqu'elles n'y sont pas, le contraste est saisissant.

D'une, nous avons l'habitude de héros formatés.
Le chara-design d'un personnage principal de nekketsu tient en effet sur une ligne, si on caricature : il faut que ça soit un jeune garçon faible au départ, avec une dégaine charismatique mais pas trop. Au cours de l'intrigue, il gagne en puissance parce qu'il poursuit un but qui souvent le dépasse. Durant toute son évolution, une certaine complicité se crée entre lui le lecteur, lequel veut du plus profond de son être que son cher personnage principal-copain atteigne son but à tout prix.
Et justement, un bon héros de nekketsu, c'est un héros à qui tout réussit.

Dans One-Punch Man, c'est tout l'inverse.
Saitama, le héros, est un mec immensément fort dès le début de l'intrigue. Il reste toujours égal à lui-même, il ne progresse jamais, à part au travers d'un classement illusoire des héros fait par l'association des héros, il ne poursuit aucun but. Et surtout, Saitama ne réussit rien. Enfin, il ne réussit rien de conforme au nekketsu classique.

A vrai dire, Saitama gagne tous ses combats très facilement. Normal, c'est le plus fort du monde. Mais il n'est jamais reconnu comme tel. Si l'univers n'était pas cohérent, à la limite ça irait. Mais ici, Saitama évolue malheureusement dans le monde d'un nekketsu alors qu'il n'en est pas le héros. Et là où on a été habitué à voir des Sangoku et autres Naruto travailler dur, sous nous yeux, pour être reconnus par tous les personnages comme les plus forts de leurs monde respectifs, ici, Saitama EST le plus fort, sans aucun conteste, mais personne, à part deux ou trois péquins, n'en a conscience.

Et ça rend fou, ce truc.

Mais ça, les auteurs le savent très bien.

En faisant de Saitama un personnage qu'on ne voit jamais progresser, ils ne créent pas la complicité qui existe entre un personnage qui se développe et un lecteur qui s'y attache.
Ils savent parfaitement que ce qu'on attend, c'est que Saitama se révolte contre le système malhonnête et aseptisé de l'association des super-héros.
On trépigne de voir Saitama rechercher une quelconque forme de reconnaissance, parce que putain de merde, il est complètement abusé ce bonhomme, regardez juste la couverture du putain de tome 1, ça se voit pourtant, que c'est le mec le plus fort du monde galactique universel, ouvrez les yeux bordel !

Spoiler :

Ca n'arrive jamais.

De deux, on a l'habitude d'avoir un cadre fictionnel, un univers bien défini à l'avance.
Exemples au pif : un monde de ninjas, un monde de pirates, etc, etc. Ici, rien du tout, tout peut arriver. Et effectivement, tout arrive. Mais comme il n'y avait pas de définition stricte de cette réalité au départ, tout baigne, tout est normal. On ne retrouve jamais la sensation wtf qu'on peut ressentir en découvrant pour la première fois le virage scénaristique de Dragon Ball.
Du coup, c'est vraiment jouissif. Le manga est sans arrêt dans la surenchère, et finalement, exacerbe le goût du nekketsu pour le démesuré. Tout est beaucoup trop cool dans la vie manga.

C'est donc avec une formule tout à fait habile que One-Punch Man, à la croisée des influences, propose un nekketsu qui déconstruit tout ce qui fait l'intérêt d'un support aujourd'hui éculé pour reconstruire sur ce qui reste quelque chose d'un genre nouveau, qui balaie d'un coup de bras tout ce que le lecteur espère d'un héros complètement en décalage par rapport au monde dans lequel il évolue.
En prenant le lecteur au piège sur la base de ses attentes vis-à-vis du personnage et de ses habitudes qu'il tire de sa parfois longue expérience du nekketsu classique, One-Punch Man joue avec les codes du genre pour proposer un mélange frais et terriblement addictif. Ce manga est un cliffhanger permanent.

Finalement, ce manga est original parce qu'il est critique vis-à-vis d'un genre d'oeuvre surreprésenté dans le paysage pop-culturel japonais. C'est un nekketsu sans héros.

Ce manga est bon parce que sur cette base critique qui pose, somme toute, de bien maigres contraintes au scénariste, il développe un univers original et cohérent dans la démesure et l'incohérence, des personnages charismatiques et attachants, et un scénario immédiatement captivant (parce que oui, il y a un scénario qui déglingue) avec toujours l'espoir, l'impatience de voir Saitama s'échoir enfin la place qui lui est due.

Ce manga est très bon parce qu'en plus, il est dessiné par Yusuke Murata et que les planches sont souvent à couper le souffle.

Ce manga marche du feu de dieu parce qu'il paraît maintenant que les enfants qui ont grandi en regardant Dragon Ball ou One Piece le matin avant d'aller à l'école sont devenus critiques sur le média, et reconnaissent en ce manga la nouvelle génération du nekketsu, qui les confronte à leurs habitudes et leurs attentes.

Mais surtout, ce manga est excellent parce que, putain de bordel de merde, un chauve avec une cape qui défonce tout, c'est la méga classe les gars.

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