Avec Abomination, Scott Snyder continue de pousser sa réinvention de Batman vers quelque chose de toujours plus énorme, brutal et monstrueux. Ce qui me plaît, c’est que cette démesure ne concerne pas seulement l’apparence du héros : tout Gotham semble contaminé par elle. Les figures familières de cet univers deviennent méconnaissables tout en conservant suffisamment de leur identité pour que l’on prenne plaisir à les redécouvrir. Le récit glisse même franchement vers l’horreur corporelle, donnant parfois l’impression de lire un comics horrifique autant qu’une aventure de Batman.
Nick Dragotta est particulièrement à son aise dans cette monstruosité. Les corps deviennent gigantesques, déformés, presque impossibles, et certaines planches dégagent une violence physique assez saisissante. J’aime beaucoup cette volonté de ne pas simplement moderniser les personnages, mais de chercher une nouvelle traduction visuelle de ce qu’ils représentent. Les passages dessinés par Marcos Martín proposent une approche différente, plus étrange et inquiétante, qui fonctionne également très bien. Malgré toute cette surenchère, Bruce reste heureusement suffisamment humain pour que le spectacle ne prenne pas complètement le dessus.
C’est justement cette surenchère qui constitue aussi ma principale réserve. Snyder semble parfois se demander jusqu’où il peut pousser chaque idée plutôt que si elle a réellement besoin d’aller aussi loin. Tout devient plus gigantesque, plus violent, plus grotesque, et l’effet de surprise risque forcément de s’émousser. L’intrigue elle-même m’intéresse parfois moins que les nouvelles interprétations des personnages et l’incroyable énergie graphique de l’ensemble. Mais tant que cette folie conserve une véritable personnalité, je prends plaisir à découvrir jusqu’où cet univers est prêt à déformer la mythologie de Batman.
Résumé
Une plongée brutale et presque horrifique dans un Gotham où tout devient monstrueux, portée par une identité graphique impressionnante malgré une tendance à la surenchère.
🦇 Une version de Batman qui ne se contente plus de regarder les monstres dans les yeux : elle semble vouloir entrer directement dans leur cauchemar.