Le titre ment.
Si le narrateur a effectivement un problème avec la boisson, c'est le moindre de ses problèmes. Le narrateur a surtout un problème avec la vie.
Ses malentendus avec ses parents, trop tôt disparus, avec son meilleur ami qu'une expérience homosexuelle partagée va éloigner de son existence, avec les femmes et ce qui lui reste de sa famille... Tout est basé sur un rapport biaisé où le narrateur, intelligent et talentueux écrivain, ne peut s'empêcher de foirer régulièrement son plan de vie.
Une chronique contemporaine de la vie d'un écrivain, qui traitera notamment du Sida, du choc du Onze Novembre, pour la première fois (à mes yeux en tout cas) traité sous l'angle anecdotique (et non dramatique... c'est un des multiples évènements qui ponctuent le livre, et non LE gros truc) et des diverses questions qui se posent à l'auteur : doutes, page blanche, rapport au fan, malentendu sur l'oeuvre.
Première BD de la maison d'édition MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE à qui on doit de magnifique chef d'oeuvre, on retrouve ici leur amour du bel objet avec une couverture sérigraphiée sur carton de toute beauté, ainsi que le goût pour l'écriture américaine, noire et écorchée, parfois cynique, dure et anguleuse.
Le texte est absolument magnifique, le dessin étonnament classique-comics avec un encrage impeccable en noir et blanc. Le choix d'un écrin finalement assez éloigné du traitement graphique trouve vraiment sa raison d'être dans le sujet et le ton du livre. Cette bd est fait pour les amoureux du littéraire de l'autofiction noire, pas pour les fans de comics.
On retrouvera des parentés graphiques avec le dernier Scott Mc Cloud, aux frères Hernandez ou à l'artiste australien Dylan Horrocks.
Notons enfin que la lecture de ce livre suppose d'avoir le moral bien accroché tant c'est loin d'être joyeux. Et pour ceux qui ne connaissent pas Monsieur Toussaint Louverture, c'est une bonne porte d'entrée qui, on l'espère, annonce de nouveaux titres tout aussi enthousiasmants.