Quand on apprend que le dessinateur Guarnido, qui nous livre dans le même temps l'une des sagas de polar BD la mieux foutue de cette décennie, a travaillé en tant qu'animateur chez Disney, on ne peut que lâcher un sourire en coin. Parce que l'univers d'animaux anthropomorphes fleurant bon le polar noir et l'Amérique des années 50 est effectivement très "Disneyéen" dans ses faciès qui arpentent ses cases. C'est en cela que beaucoup apprécie Blacksad, grâce à un travail d'ambiance extrêmement bien foutue, où chaque case est remplies de pléthore de détails sublimés par la peinture et où chaque visage débordent d'expression et délivre une foule d'informations en à peine un coup d'œil. Si l'on ajoute à cela cet amour inconsidéré pour la culture polar/policier qui émane de chaque case, couplée à un montage cinématographique rythmé qui fait que l'on dévore un tome en à peine vingt minutes, on se rend compte d'à quel point cette saga est une référence indispensable à tout amoureux de bande dessinée. À eux deux, le scénariste Canales et Guarnido dépoussière les plus grands maux de l'Amérique, allant du racisme jusqu'à la chasse aux communistes, de la peur de l'arme atomique jusqu'à la corruption judiciaire, et dépeigne un portrait fort peu flatteur mais Ô combien réel.
Ce cinquième volume est presque une douche froide pour moi, tant il laisse transparaître une flagrante baisse de qualité dans le dessin, et même dans l'intrigue. Si le fait de revoir des personnages de Âme Rouge me fait plaisir et d'en apprendre un peu sur la famille de Blacksad m'intrigue , je reste circonspect devant la qualité de l'enquête (qui n'en est en fait pas vraiment une) qui bénéficie d'un final mollasson et d'un manque cruel de rythme. Pour le coup, je ne trouve que peu de choses à dire sur ce volume, qui à part traiter de la perdition d'un homme taraudé entre le bien et le mal, survole son histoire sans jamais entrer vraiment dans un folklore précis, chose qui faisait ici partie intégrante de chaque histoire de Blacksad.