Personne ne dira que Kyôichi Nanatsuki a un fétichisme se rapportant aux bras. Personne non plus ne pourra s’empêcher de faire remarquer qu’il a été scénariste de Arms et de The Arms Peddler. On le trouve aussi à la manœuvre de Area D, accessoirement.


Arms, si on s’en entiche le temps d’une critique ou même d’une innocente lecture, c’est le plus souvent afin de renouer avec une œuvre totalement vaporisée de nos mémoires. Si j’y suis venu, à l’animal, c’est par le truchement des souvenirs imprimés par la réclame de Kana du temps où, encore à l’école primaire, je m’essayais à mes premiers mangas. Figurait alors, à la fin des tomes de Naruto, du temps où le manga était encore de qualité – c'est dire si ça remonte – quelques pistes de lectures à qui voulut s’essayer plus en profondeur dans le catalogue des éditions Kana. Arms y figurait et, de ma vie, jamais je ne cherchai à m’y essayer.

Littéralement plus de vingt ans plus tard – fallait le temps que ça grimpe aux méninges – faute de matériau à même de me sustenter, je m’y essaye. Il m’aura fallu plus de cinq cents œuvres et une bonne dose de dépit pour que je m’y mette, à Arms.


Le premier chapitre achevé, le regret m’assaille. Comment pourrait-il en être autrement ; c’était une excellente entrée en matière. Ça reste et ça restera un Shônen très ancré dans son époque éditoriale, avec un style de dessin plaisant, quoi que substituable à beaucoup en ce temps-là, et une intrigue surnaturelle dans le contexte lycéen. De ces œuvres traitant de la même thématique ou presque, il en recèle par milliers, et je n’exagère probablement pas.

Arms, inspiré par Akira sans toutefois avoir le même souffle, limitant ses ambitions à celle d’un sympathique Shônen, soigne sa première impression. Le premier combat qui advient s'avère intelligemment chorégraphié et mis en scène et, s’il advient au terme de la trame la plus classique qui soit, celle du nouvel élève arrivé le jour-même, ce qui est introduit ici fait cependant son entrée sans un faux-pas.


Y’a eu comme une mode des bras transformés jusqu’à l’aube des années 2000. De Jigoku Nube Sensei à D. Gray Man, c’étaient des choses qui se faisaient. Arms s’inscrivait dans ce laps de temps.


Arms a une entame correcte, quoi qu’uniquement correcte, le reste est téléphoné et écrit d’avance. Même à considérer l’époque, l’œuvre accuse d’un indéniable retard sur le plan de l’originalité. Ça n’est finalement qu’une énième trace de pneu dans le caleçon volé à Katsuhiro Otomo. Un projet d’expériences pour transformer des enfants en armes, avec une traque des sujets en vadrouille, ça va, on connaît. Notez qu’il y en a des biens ; l’occurrence est cependant rarissime et ne se produit pas dans le cas qui nous concerne.


La lourde et fatigante exposition de l’histoire des égrégores vous détournera très volontiers de la lecture alors que cette dernière, pour simuler la contenance, est bouffie de parlotte stérile afin de revêtir de sérieux qui ne l’est décemment pas. C’est la classique intrigue des complots qu’on révèle à la chaîne un tome après l’autre pour provoquer une série de stimuli qui n’en finit que lorsque le lecteur a fini de se détourner de l’œuvre. Ça a pris cinq ans, à Arms, pour agacer son monde. La jeunesse avait un meilleur système nerveux en ce temps-là, car un manga de ce style dure aujourd’hui aisément une décennie avant qu’il ne soit débranché.


Tout ce que j’ai lu m’a rappelé mes lointains souvenirs d’Ajin que j’avais presque oblitéré de ma mémoire. Ce ne furent alors pas de reminiscences heureuses que celles-ci. Plutôt un prétexte de plus à me lasser et soupirer de ces gesticulations, à vouloir nous faire croire à la densité d’une intrigue pourtant plate comme une limande. Les groupes armés s’agitent dans tous les sens dans le drame et le tumulte de tous les instants, n’accordant alors ainsi aucun répit à un lecteur usé d’observer la trame se poursuivre et se relancer dans le vide.


D’autant que, sachez-le, si vous avez été impressionné, comme moi, par le tout premier combat, retenez alors que les auteurs avaient tout donné en l’élaborant. Ce qui suit sera convenu, brouillon, bâclé : un Shônen contemporain dans toute sa triste et morne splendeur.


Et lorsque je vous assure qu’on saute d’un complot à l’autre, je ne vous le communiquerai jamais assez fort pour que cela vous apparaisse vrai : on en vient à un point où même Katsumi est un complot. Et ce, sans qu’aucun élément d’intrigue ne prédispose à crédibiliser cette révélation ; elle a été mise là pour que Ryo s’attache à elle et soit en colère lorsqu’elle lui sera ôtée. Avec une fausse famille et tout le tintouin.



C’est se donner beaucoup de mal pour bien peu de choses. Égrégore aurait pu tout simplement s’en prendre à ses parents, ça serait allé tout aussi vite et ça aurait coûté moins cher. D’ailleurs, qui finance ces cons-là ? Encore l'argent public, à tous les coups. Leurs machinations dispendieuses propagent la gabegie sur plus de deux-cents chapitres ; imaginez seulement être le comptable de ces abrutis. C’est lui le plus à plaindre. Sans compter le lecteur.


Reste plus qu’à vous schématiser les arcs interchangeables qui nous accablent :


- Discours à rallonge de scientifiques qui nous disent ce que nous savons déjà ;

- Ajout d’un personnage, parce que ;

- Individus peu scrupuleux avec des grimaces sadiques ;

- Sauvetage d’un protagoniste enlevé bêtement – on ne nommera pas Natsuki ;

- Déchaînement de puissance ;

- Relancez la machine.


À bien y réfléchir, car je cogite énormément du fait de mon incontestable suprématie intellectuelle – si, si – j’en déduis que Arms est un complot. Pas le projet Arms, non ; le manga. C’est un attentat clandestin contre le bon goût, pour faire perdre du temps et de l’argent à ceux qui viendraient s’y perdre. Certains diraient « un piège à con  », mais c’est pas très reluisant pour qui s’y laisse prendre. Aussi dirons-nous que c’est un complot pour ménager les susceptibilités et la responsabilité d’un lectorat qui a laissé passer et prospérer cette énième fausse-couche éditoriale, dont les restes ont été traînés et étalés sur plus de vingt tomes.


Bon sang, j’en ai presque oublié de vous dire que tous les personnages étaient insipides, sans une exception. Par hasard, avec tout ce défilé de protagonistes pour beaucoup inutiles, il peut arriver que l’un d’eux devienne attachant. Aucun risque ici, ils sont plus plats que le papier sur lequel on les imprime. Vous passerez d’ailleurs votre temps à vous interroger sur la pertinence de leur présence dans l’intrigue. Arms pourrait s’encombrer de l’exacte même trame avec le dixième des personnages qui nous ont été présentés. Seulement… ça aurait duré beaucoup moins longtemps, comprenez-vous.


La conclusion est assez abrupte et lapidaire, c’est même en-dessous du fan service coutumier, et sans rien pour compenser l’avarie. Les auteurs eux-mêmes n’en avaient rien à foutre de leurs personnages, se séparer d’eux ne fut en aucun cas un déchirement, mais une délivrance. Aussi les jetaient-ils aux lecteurs comme pour se débarrasser d’eux en une fin convenue et pas si venue que ça à bien y regarder. Arms ? Ça vous coûtera un bras pour le plaisir de n'avoir plus qu'à vous lécher un moignon purulent.

Josselin-B
2
Écrit par

Créée

le 15 août 2026

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