Attachements
6.4
Attachements

Roman graphique de Alice Bienassis (2022)

Il y avait là une très belle opportunité avec ce sujet du Bondage. Parce que c'est vrai qu'on n'en parle pas trop, parce que dans notre société ce qui sort de la norme est pointé du doigt. Comme écrit dans le livre, il y aune forme de honte qui découle du désir.


Ce qui est dommage et gâche d'ailleurs le bouquin à mon goût, c'est qu'au lieu de simplement aborder la pratique de façon neutre de manière à bien la cerner (sans omettre ses mauvais côtés) l'auteure décide de l'aborder sous le prisme du féminisme. Ce qui réduit fortement la pratique ; en refermant le bouquin, même s'il y a de la nuance, on ne peut s'empêcher d'avoir l'impression que le Shibari est une pratique à éviter dans les groupes plus larges, parce qu'on y trouve des hommes cis blancs qui vont abuser de leurs privilèges, de leur pouvoir sur les femmes, les non blancs, les non binaires etc. On a même un homme cis blanc qui regrette ses gestes mais explique qu'il a réussi à se remettre en question, rares sont les mecs capables de faire ça mais il y en a... à côté de ça, il y a du mansplaining et tout (une scène assez bizarre où le mec explique juste à la nana qu'elle risque de blessée sa compagne à cause de la corde mal mise, la nana n'appelle pas ça du mansplaining mais dit clairement qu'il veut lui expliquer un truc alors qu'ils ont commencé à être élèves en même temps et que donc elle sait aussi bien que lui - c'est bien connu, dans une classe tout le monde a le même niveau - mais en même temps, l'auteure montre ça, montre même la corde mal mise... du coup on ne sait pas trop ce qu'elle pense de tout ça à ce moment là). Et donc, pour faire du vrai bon bondage, il faut aller dans des groupes moins connus, plus safe, quitte à choisir des groupes plus radicaux où les hommes cis-blancs sont interdits.


Ce qui est bizarre avec ce bouquin, c'est que malgré les bonnes intentions affichées, il y a de la réappropriation culturelle assez sauvage. En soi, je n'ai rien contre la 'réappropriation', quand je vois des gens mélanger toutes les cultures je trouve ça chouette, pour moi l'échange est bon, piocher un peu partout est une bonne chose... après tout nous adoptons des habitudes américaines sans nous en rendre compte, alors pourquoi pas celles de minorités si on se retrouve là-dedans ? Non, ce qui dérange ici, c'est que l'auteure explique au travers de son intro et de ses anecdotes/rencontres qu'elle reprend le shibaru mais en écartant le superflu, les détails culturels. Ce type de réappropriation nie volontairement ce qui fait l'essence même de la technique et ne s'y intéresse même que très peu, ce que je trouve assez insultant. Pire, elle emploie des mots assez violents, qui ont une portée raciste, puisqu'elle diminue, rabaisse l'identité culturelle de la pratique pour s'en tenir à sa pratique 'à la française'. Je ne pense pas que c'était l'intention de l'auteure, mais j'ai trouvé la lecture assez violente sur cet aspect. En soi, je n'ai rien contre l'idée qu'on évacue l'héritage culturel pour se réapproprier une pratique, lui donner un nouveau sens, mais là, les mots choisis m'ont paru hyper insultants.


Et ceci m'amène à la vraie critique du bouquin : l'auteure a vraiment du mal à articuler son récit. Ses anecdotes s'enchaînent mal, ses explications sont floues, on sent qu'elle connaît de la théorie sur le sujet mais elle ne prend pas la peine de nous l'expliquer et fait donc des raccourcis qu'il est parfois difficile de comprendre. D'ailleurs elle a peut-être raison, peut-être qu'il y a un gros problème quand les mecs s'adonnent à cette pratique du bondage, mais tel qu'elle développe son argumentaire narratif, ça ressemble juste à une attaque. Rien n'est vraiment développé correctement, ses idées s'enchaînent avec peu de fluidité mais beaucoup de confusion.


Le graphisme est inégal. Certains dessins sont peu intéressants et d'autres sont très jolis ; c'est certainement lié à son style graphique qui n'est pas hyper joli, ni hyper précis mais qui peut donner quelques belles illu quand l'auteure trouve le bon angle et le bon sujet. On flirte ainsi entre potable et superbe (heureusement le plus mauvais n'est pas trop mauvais non plus, ce sont surtout les décors qui sont moins efficaces en général). Le découpage est correct. Pas fan de la mise en page du récit en voix off, le dessin étant coupé au milieu systématiquement et la lecture du dessin gâchée à cause de ça (quel drôle de choix). Je regrette aussi que l'auteure n'ait pas réussi à retranscrire l'érotisme (ou l'horreur c'est selon) des situations.


Bref, c'est décevant.

Fatpooper
5
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le 10 janv. 2023

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