Sortant de prison, Abel Mérian * n’a pas grand-chose sur quoi compter ; et lorsqu’il s’aperçoit que son magot est désormais dans le béton des fondations d’un centre d’art contemporain, il n’a plus rien du tout. En chemin, il croisera un téléphone perdu, une voiture laissée sans surveillance, un chien oublié, un garçon en fuite, un amour… L’itinéraire de cet homme qui ne trouve pas ce qu’il cherche et trouve ce qu’il ne cherche pas fournit la trame du récit. Tout s’imbrique et tout se tient, avec une fin qui retourne le lecteur sans lui tirer les cheveux.
Ce qu’a de frappant l’ensemble de textes et de plans fixes — pourtant très dynamique — qui constitue le dessin d’"Au vent mauvais", c’est qu’il a toute la singularité d’un regard ; ma culture en termes de bande dessinée n’est guère étendue, mais je n’ai rien lu qui épouse un point de vue avec tant de force. Des aplats aux teintes ternes et un trait presque stylisé servent — ou sont servis par, cela revient ici au même — un récit sobre, presque laconique jusque dans la police de caractères utilisée, et soutenu par de très rares dialogues : et cela apprend au lecteur tout ce qu’il doit apprendre d’autre sur le personnage.
Comme dans un très bon film, où l’essentiel est hors-champ.
* Écho du « Pauvre Lelian » ? Si vous trouvez l’anagramme, faites-moi signe.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.