Dans son propre univers de superhéros, lancé avec Invincible, le scénariste Robert Kirkman développe une mini-série autour de Brit, vieux soldat fidèle et fatigué de l’armée américaine, au pouvoir limité mais utile pour rester le dernier rempart : le vieux briscard est indestructible. Avec Tony Moore, son acolyte de Walking Dead, il s’intéresse ici à ce qui garde la loyauté vive et l’implication égale après des décades de services et l’invariabilité de missions incessantes.
Les auteurs sont là pour se faire plaisir
et la première case le dit bien : sur une autoroute anonyme quelque part, les voitures sont à l’arrêt et une horde de décérébrés danse l’oubli de leur être. Si aucun zombie ne rôde, voilà là le premier défi du soldat et, dès cette introduction, celui-ci, cognant le vilain d’une furie de poings et le laissant inconscient dans un bain de sang, dit combien la finesse n’est pas son fort.
Le scénario, assez linéaire sur trois gros chapitre, suit
les humeurs et les engagements de l’homme.
Entre un gouvernement qu’il sert avec honneur mais pour lequel il refuse catégoriquement de servir de cobaye, et sa petite amie strip-teaseuse qui l’emmène doucement vers une vie rangée qu’elle souhaiterait confortable, Brit affronte ses doutes, les passages à vide de sa vocation, cède à la dépréciation de soi et résiste longtemps à l’envie de tout foutre en l’air. Une bonne dose d’humour, d’impressionnantes scènes de destruction, de la baston dans tous les sens, à coups de poings autant que de missiles, Robert Kirkman s’amuse avec la vulnérabilité humaine du superhéros physiquement indestructible et, sans aller aussi loin que dans l’excellent Walking Dead, cherche à observer
les travers des comportements humains.
Le lecteur des aventures de Rick Grimes appréciera ainsi de retrouver Tony Moore au dessin. Un trait léger et incisif, précis sans être précieux, l’artiste fait dans le dégrossissement caractériel.
C’est dynamique et clair,
la grosse castagne prime évidemment et, si les couleurs de Val Staples, aplats vifs, manquent de finesse, elles vont dans le sens de l’action et d’une lecture facile. Le dessinateur n’assumant que deux chapitres, c’est Cliff Rathburn qui prend la suite dans un style qui s’approche de celui de son prédécesseur, légèrement plus sec, plus cassant, ce qui ne dénote pas totalement dans un récit qui l’est tout autant.
Avec une narration fluide malgré les à-coups, Robert Kirkman poursuit (succinctement) son étude des caractères humains dans un univers de superhéros contemporain pour le plus grand bonheur des lecteurs de comics, et le dessin de Tony Moore prouve encore une fois que tous deux n’ont rien à envier aux productions mainstreams. Brit séduit par son allant autant que par sa part faible d’humain, par son agréable dynamisme autant que par ses
légères profondeurs.
Maintenant que les auteurs ont laissé le soldat en totale remise en question, la lecture du second tome appelle d’inévitables approfondissements et le lecteur emporté ne manquera pas d’ouvrir la suite avec envie et curiosité.