En général, je préfère le Batman super-héroïque qui affronte toute sa galerie de super-vilains, avec une Gotham à l'ambiance gothique et fantastique façon Tim Burton ou Batman : la série animée, plutôt que l'approche beaucoup plus réaliste de Nolan (même si j'apprécie également beaucoup ses films). Et pourtant, j'ai vraiment été embarqué par ce Batman : Imposter, grâce à une Gotham poisseuse et une violence assez brutale et viscérale.
Mattson Tomlin, qui a participé à l'écriture du film The Batman, dépeint un Bruce Wayne/Batman particulièrement solitaire et vulnérable. Dans cette version, il ne peut plus compter sur Gordon ni sur Alfred et ne bénéficie de presque aucun soutien, hormis sa psychothérapeute et progressivement une inspectrice chargée d'enquêter sur lui.
À travers cette lecture, j'ai ressenti sa solitude, sa souffrance, sa mélancolie et cette colère d'enfant qu'il n'a jamais vraiment réussi à dépasser. Rien n'est vraiment enviable ni attrayant dans cette version de Batman (pas de super-gadgets ni de trucs particulièrement cool...). J'ai été peiné de constater la vie qu'il s'est imposée, entièrement consacrée à sa croisade.
L'intrigue autour de cet imposteur qui assassine des criminels en se faisant passer pour Batman m'a bien accroché. L'enquête avance avec plusieurs fausses pistes, notamment celle de Wesker, avant de révéler (tardivement mais ce n'est pas gênant) un policier qui prétend réparer de manière radicale les conséquences de l'enquête menée par Batman et Gordon contre plusieurs juges corrompus. Une affaire qui avait entraîné l'annulation de nombreuses condamnations et la libération de criminels.
Même les bonnes actions de Batman peuvent donc avoir des conséquences inattendues. Cette dimension et la présence de la psy font que ce n'est pas qu'une simple enquête policière. Batman se retrouve confronté à une version radicalisée de son propre vigilantisme, incarnée par un homme qui franchit la limite qu'il refuse lui-même de dépasser.
J'ai trouvé quelques facilités scénaristiques malgré tout, notamment le fait que Blair Wong ait elle aussi perdu ses deux parents. Un parallèle avec Bruce un peu trop évident à mon goût. Leur relation apporte certes quelque chose au récit, notamment sur le plan humain, mais m'a parfois semblé un peu trop fonctionnelle pour faire avancer l'enquête et permettre à Batman de s'en sortir.
Concernant les dessins d'Andrea Sorrentino, je dois avouer que je ne suis pas particulièrement fan de son style. Certains visages et quelques mouvements dans les scènes d'action me laissent perplexe. J'ai notamment trouvé le visage de Bruce Wayne assez changeant entre ses séances chez la psy et ses moments avec Wong, au point d'avoir parfois du mal à le reconnaître !
En revanche, j'adore son travail sur les découpages, la mise en scène et la composition des planches. Il est vraiment inventif graphiquement et les touches de noir et blanc sont particulièrement réussies. Bref, même sans adhérer totalement à son trait, difficile de ne pas apprécier ses idées !
7,9/10