Il n'y a pas grand-chose à dire d'un chef-d'œuvre : il se défend très bien tout seul.
C'est une suite de Batman : Année Un. Un excellent album, déjà.
Ce qu'on appelle un roman graphique, avec ce que ça comporte de claque visuelle et de scénario incroyable, noir et tortueux comme l'âme de l'homme chauve-souris.
Avec The Killing Joke et The Dark Knight Returns, c'est ce qu'on appelle un game changer. Il y aura un avant et un après.
Un mot sur l'intrigue : un tueur qui, depuis Halloween donc, sévit à chaque fête du calendrier, Saint-Valentin, Noël... C'est donc un "long Halloween" puisque se perpétuent d'une fête à l'autre les meurtres de ce tueur en série, donc, que la presse aura vite fait de baptiser Holiday, et qui assassine inexorablement les membres de la famille de Carmine "The Roman" Falcone.
Il faut voir de quelle manière le Caped crusader, également surnommé The World's greatest détective, enquête dans tous les recoins de Gotham pour démasquer le tueur. Y compris à l'Arkham Asylum, où il se rend pour interroger Julian Day, dit "Calendar Man", de manière assez logique étant donné la prédilection précédemment évoquée du tueur pour les dates festives.
Au fil d'un récit aux nombreux rebondissements, on verra passer Selina Kyle/ Catwoman, Harvey Dent, qui devient Double-Face justement dans cet album, mais aussi : the Riddler, Jonathan Crane aka Scarecrow, Solomon Grundy, le Joker évidemment, Killer Croc, Poison Ivy, the Mad Hatter... et même dans une double page à peu près tout ce que Gotham compte de super vilains.
Mais il ne semble pas que ce soit de ce côté-là qu'il faille chercher celui que Batman traque from cover to cover dans les 200, 250 pages du récit, qui est celui d'une série de meurtres touchant toujours plus de membres de la famille Falcone, à savoir, l'équivalent gothamite des Corleone.
On retrouve d'ailleurs une mention très claire du Parrain dans une scène où le capo des Maroni, la famille rivale des Falcone, s'occupe de roses sous une treille : cela rappelle les derniers moments de Vito Corleone.
Une séquence mémorable, qui sera certainement restée à l'esprit de Christopher Nolan dans The Dark Knight, voit Batman, Harvey Dent et Jim Gordon faire serment, sur le toit du GCPD, de ne pas franchir la ligne qui les verrait devenir comme leur adversaire, Falcone.
Il faut parler de ce trait quasi expressionniste, de cette silhouette formidable, massive, inquiétante de Batman. De cette musculature totalement démesurée, qui n'a d'égale que le caractère sexy de Catwoman, omniprésente dans le récit.
Ah oui, cette même Selina Kyle qui serait, en réalité, la fille de Carmine Falcone — un élément repris dans le récent Batman de Matt Reeves. Une filiation qui sera confirmée dans le très bon Catwoman : Rome, des mêmes Tim Sale et Jeph Loeb, un récit hélas trop bref.
L'inconvénient d'un roman graphique c'est que l'œuvre risque plus facilement d'être spoilée qu'un roman au sens classique du terme, ou qu'un film de deux heures.
Donc je m'arrêterai là, mais mentionnerai pour finir d'autres récits remarquables, par les mêmes auteurs :
- qu'ils ont donné une suite, trois ans plus tard, à l'histoire d'Holiday : Amère victoire, qui est très bien aussi, quoiqu'un peu inférieur selon moi ;
- qu'ils ont également produit Haunted Knight, "Des ombres dans la nuit" en français ;
- et comme j'en suis à citer les œuvres qui peuvent prolonger le plaisir de lecture de ce Long Halloween, je conseillerai pour finir Hush ("Silence" en français), du seul Jeph Loeb cette fois.