Beaucoup de maîtrise dans ce manga. Le tempo du récit, qui décrit la formation et l'envol d'un groupe rock japonais, s'attarde très longuement sur les concerts qui rythment le passage de l'adolescence à l'âge adulte. L'intrigue, faisant appel à de nombreux personnages, sait décrire en détail les difficultés et les exaltations du Mongolian Chop Squad.
Le thème amoureux, assez présent dans les premiers volumes, s'affadit au fil de la série, dès lors que l'on acquiert la conviction que Maho et Koyuki resteront ensemble.
L'émotion qui unit spectateurs et musiciens lors des concerts est soulignée par l'abondance des gros plans sur des bouches exagérément béantes, qui donne un peu l'air de demeurés à ceux qui arborent cette expression. De même, la représentation trop fréquente de gouttes de sueurs, même sans cause apparente, fausse parfois l'interprétation des sentiments des personnages.
Surtout, ce manga évoque certains mangas sportifs, dans la mesure où l'image, fixe et muette, ne peut réellement exprimer la gestuelle et le son, ce qui est tout de même fondamental lorsqu'il s'agit de rock.
A moins d'être soi-même spécialiste et fanatique de rock, on a du mal à comprendre la représentation hyperbolique de la stupeur ou de l'extase de certains personnages en face de sommités de ce milieu. Leur langage, parfois hyperbolique lui aussi, rappelle l'extravagance lexicale des commentaires sportifs lors des matchs.
Le dessin, d'un réalisme quasi photographique dans les décors, passe parfois à la caricature, comme c'est l'usage dans les mangas pour exprimer de puissantes émotions.
La beauté et la noblesse de certains personnages méritent tous les éloges que l'on pourrait décerner aux dessinateurs.
Le contrepoint comique des aventures natatoires et amoureuses de l'attendrissant Monsieur Sato est bienvenu pour rompre la monotonie des entreprises musicales de Beck.
Là-dedans, le chien Beck, cousu de pièces rapportées, est le symbole de l'unité du Mongolian Chop Squad, qui prend l'identité d'un groupe rock en dépit de la diversité, des tensions et parfois des conflits entre les membres de son groupe.
En appendice de chacun des 34 volumes, une revue de l'histoire du rock.
Attachant et techniquement très bien réalisé.