Beneath the Trees, publié par Ankama, a été l’une des attractions Comics de 2025. Dès sa sortie, le titre a rapidement suscité un joli engouement, et pas seulement chez les amateurs de comics : il a touché des lecteurs qui ne sont pas forcément tournés vers ce type d’univers, ce qui reste assez rare.


Une partie de la raison tient au travail d’édition, qui est vraiment soigné. On a parfois la chance en France d’avoir des éditions plus travaillées que la VO américaine, et ici, même sans comparaison directe, le soin apporté à l’objet est clair : la couverture gaufrée, le relief, la qualité du papier et de l’impression, le tout pour un prix raisonnable pour 160 pages. C’est un bel objet qu’on a envie de garder, et qui témoigne d’un vrai travail éditorial réfléchi.


L’enthousiasme autour du titre a été renforcé par la façon dont Ankama a orchestré sa sortie. Patrick Horvath est venu en France, a participé à des dédicaces, notamment lors du (feu ?) festival d’Angoulême, et l’éditeur a vraiment investi dans la visibilité du titre. Ce type de communication a permis de toucher un public large. C’est marrant, parce que ça contraste avec l’histoire du label 619, qui avait quitté Ankama – pour rejoindre Rue de Sèvres – faute de moyens dans la promotion/communication, selon ce que racontait Run dans un podcast de First Print. En tout cas ici, pour Beneath the Trees, Ankama a mis les petits plats dans les grands, et on peut dire qu'ils ont eu le nez fin !


Le pari éditorial est d'ailleurs intéressant : le tome 2 est déjà prévu pour 2026 en France, alors que la version originale n’est même pas sortie aux États-Unis. Et ce choix se comprend : les ventes du premier tome ont été solides. Au Comptoir du Rêve Comics à Toulouse, librairie référence dans le domaine, il figure parmi les meilleures ventes de l’année, et sur Babelio, plus de 600 notes pour un comics, c’est vraiment rare. Ce qui est encore plus notable, comme dit plus haut, c’est que le public touché n’est pas forcément un public comics "tradi". Comme pour The Nice House on the Lake ou Au-Dedans, le comics attire des lecteurs de tous horizons, et pas seulement des aficionados du genre. C'est toujours bien cool à constater, les stéréotypes sur les comics étant encore assez forts, les gens s'imaginant encore facilement des super-héros en collant – ce que je ne blame pas hein, c'est encore assez normal. En tout cas, des œuvres comme Beneath the Trees permettent de casser un peu toutes ces images.


Autrement, c’est intéressant aussi de voir des auteurs qui viennent du monde du cinéma se tourner vers la BD. J’en ai pas vu beaucoup, deux ou trois seulement, mais ils avaient chacun le même regard. Ils disent que, dans la BD, ils sont complètement libres, affranchis de tout ce qui peut être contraignant en termes de production, de réalisation ou de budget. Patrick Horvath s’inscrit clairement dans cette logique. Avec Beneath the Trees, il porte le projet de bout en bout, du scénario au dessin en passant par les couleurs. Chaque scène semble pensée avec un regard cinématographique, que ce soit dans la mise en page ou la mise en scène, également réussis. L’influence paraît claire dans le rythme, le cadrage et la construction des scènes.

Le dessin, lui, est volontairement trompeur. Les animaux anthropomorphes, les traits doux et arrondis, les couleurs pastel, presque lumineuses, tout ça donne l’impression d’un livre jeunesse. Mais bien sûr, Horvath joue ici avec le contraste image / contenu, comme le suggère fortement la couv’, et ça fonctionne très bien : le scénario est bien amené, haletant, et on est pris dedans tout du long. Même si ça ne fait que 160 pages, on ne sent pas vraiment l'envie de poser le livre avant d’en avoir tourné la dernière. Alors même si le fil narratif est plutôt classique – rien de révolutionnaire quoi – il est bien ficelé, avec une tension progressive qui fonctionne.


Pour le second tome à venir, on sait déjà qu’Horvath va changer de procédé narratif, changer d’époque, peut-être se concentrer sur d’autres personnages, en gardant Samantha en arrière-plan. Cette fois, on devrait suivre les victimes du massacre de la serial killer, ce qui promet un angle complètement différent.


Alors même si ce premier tome n’a pas été un vrai coup de cœur, j’ai quand même beaucoup de choses à en retenir, et je sais que j’y retournerai avec plaisir quand le second volume sortira. Je me dis aussi que c’est un super comics pour mes enfants quand ils grandiront. Oui, c’est un peu hardcore, mais vers 12-13 ans, je pense qu'ils ne seront pas choqués. Pour comparer, je regardais des Tarantino et du John Woo à 11 ans, et ça ne m’a pas traumatisé ! (merci grand frère !) Bref, ça pourrait être un super livre pour un ado, à la fois visuellement et narrativement.


Ne reste plus qu'à se donner RDV en 2026 pour le tome 2 !

Ben-Ardo
7
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le 11 janv. 2026

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Ben Ardo

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