De dix millions de yen à près de cent cinquante: tel est le prix auquel Black Jack, chirurgien de génie exerçant dans la plus totale illégalité, consent à sauver des vies. De prime abord froid et distant, il se laisse parfois aller à un peu de mégalomanie de bon aloi : n'est-il pas capable, lui, Black Jack, d'arracher une vie d'entre les mains mêmes de la Faucheuse ?
"Black Jack" est une petite merveille très singulière, assez désabusée quant à la condition de médecin. Celui-ci doit-il travailler pour l'argent ou sauver des vies ? Les deux sont-ils conciliables ? Que penser de l'euthanasie ? Hé oui, Tezuka avait, dans ses questionnements, une bonne cinquantaine d'années d'avance...
Si l'oeuvre n'est pas exempte de défauts, loin de là, elle reste pourtant diablement séduisante, et surtout pas assez connue. Osamu Tezuka, médecin de formation, en profite pour livrer un travail extrêmement documenté (vous gagnerez à avoir une page wikipédia ouverte pour en apprendre sur certaines maladies), et il a surtout l'occasion dans Black Jack le misanthrope de mettre en scène les histoires courtes les plus pleines de toutes ces médiocrités, ces petitesses et ces grandeurs qui font un être humain. Si Osamu Tezuka est humaniste, comme ses fans de la première heure aiment tant à le proclamer, c'est bien dans Black Jack que cette affirmation devient évidence.
Les premiers tomes m'ont littéralement soufflé, mais je reste dubitatif quant à la moyenneté, irais-je jusqu'à dire la médiocrité, de la fin de la série. Baste ! Ne gâchons pas notre plaisir : certaines histoires valent vraiment le détour, et je garderai longtemps, longtemps le souvenir de ces deux docteurs de l'ombre rejouant le match de la vie et de la mort au-dessus d'un corps inanimé.
"Two Dark Doctors fought against Death. In the end, there was no winner."