Blue Exorcist, c’est un de ces mangas que j’ai découvert pile au moment de sa sortie, quand on ne savait pas encore s’il allait devenir un pilier du genre ou juste une tentative de plus. Et très honnêtement, je l’avais purement et simplement détesté.
À mes yeux, il cochait toutes les cases d’un shonen calibré au millimètre pour fonctionner sans jamais vraiment proposer quoi que ce soit d’un peu neuf. Le style graphique était accrocheur, oui, et je ne doute pas que c’est ce qui a permis à la série de marquer quelques esprits.
Mais sur le fond ? C’était le néant, ou presque.
Je me souviens qu’à cette époque, c’était presque une mode...
Les histoires d’exorcistes en tous genres fleurissaient dans les rayons comme des champignons après la pluie. Et Blue Exorcist, c’était pile ce truc-là.
Une sorte de synthèse générique de tout ce qui marchait dans le shonen. Un héros marqué dès sa naissance par une injustice, une ambiance d’école où on forme des combattants, un groupe de copains dont chacun a son petit trait de caractère bien défini, des figures d’autorité mystérieuses, des combats vus et revus, des révélations téléphonées… Aucun mystère, aucune tension, juste une exécution propre d’un cahier des charges ultra classique. Un manga qui coche, mais qui ne bouscule rien. Un Naruto du pauvre, sans l’inventivité d’un My Hero Academia, sans la nervosité d’un Bleach (même si j’ai détesté Bleach), sans l’âme d’un Hunter x Hunter.
Et pourtant, il est resté. Et pourtant, il a trouvé son public. C’est ça qui me fascine avec Blue Exorcist. J’ai beau l’avoir rejeté très vite, il est toujours là, à traîner dans les listes de scantrad, à être mentionné dans les sélections de lecture, à avoir eu son petit anime, ses déclinaisons… Et un jour, à force de le voir revenir, je me suis dit que j’allais quand même lui redonner une chance.
Par curiosité. Pour comprendre.
Et j’avoue, en feuilletant à nouveau certains tomes, j’ai vu que l’auteur avait tenté des choses. Que le récit essayait de sortir de sa torpeur initiale, qu’il y avait quelques pistes nouvelles, une volonté de creuser certains personnages ou de proposer des tournants scénaristiques un peu plus audacieux. C’est bien. C’est même louable. Le problème, c’est qu’il faut attendre 10 tomes entiers avant de sentir cette envie de réinvention. Et ça, c’est trop long.
Le mal est fait. On a déjà eu le temps de s’endormir vingt fois, de décrocher mille fois. Et ce n’est pas quelques efforts tardifs qui vont totalement inverser la vapeur.
Pour qu'au final, rien de bien exceptionnel ne se passe non plus...
Ce qu'on y voit au bout de 10 tomes, on aura voulu l'avoir dès le départ pour partir du bon pied. Ici l'auteur se réinventer surtout pour réanimer un bébé mort.
Ce manga est pour moi l’exemple parfait du « bon élève » qui fait tout ce qu’on attend de lui sans jamais prendre le moindre risque. Il brille un peu en surface, grâce à son esthétique et à son rythme plutôt fluide, mais il n’a aucune étincelle. Rien ne reste. Rien ne surprend. Et même les tentatives plus récentes semblent sonner creux tant elles arrivent après coup, comme pour rattraper le coche au dernier moment.
Alors oui, il y a eu un petit succès d’estime. Oui, certains y trouvent leur compte. Mais pour moi, Blue Exorcist restera ce manga terriblement tiède, qui a mis trop de temps à sortir de son confort et qui ne m’aura jamais offert ce que je recherche dans le genre. De l’ennui, de la frustration, et ce goût désagréable d’avoir lu une photocopie mal inspirée d’une époque de shonen qui tournait déjà en rond.