Le présupposé de cette BD aurait de quoi faire fuir : l'auteur, victime de la maladie de Crohn, une maladie auto-immune qui détruit l'intestin, passe par toutes les étapes de l'enfer médical.
Nombrilisme, me direz-vous. Auto-mise en scène cynique d'un accident de la vie. On en voit à la pelle, maintenant, des BD autobiographiques de ce style, où l'auteur exagère le moindre petit détail dans le but de retenir l'attention.
Pas dans ce cas.
D'abord car le récit de Pozla a de nombreux aspects touchants : la suite d'erreur de diagnostics qui amènent à traiter sa maladie trop tard ; son désespoir quand les soignants le traitent de "douillet", jusqu'à ce qu'un médecin trouve le problème (du fait de sa consommation de canabis, il est moins sensible aux antidouleurs) ; la peur de trop piéger sa femme et sa toute jeune fille dans une trappe de malheur ; les multiples essais de traitement/de régime avant de trouver la révélation (le régime ancestral), etc... Et puis, il faut du courage pour affronter ce tabou social : la digestion et ses conséquences.
L'identification est aidée par des cases très créatives pour retranscrire les mille nuances de douleur liés aux intestins, que ce soit la diarrhée menaçante ou la douleur lancinante. On aime ou pas le style graphique, mais il faut reconnaître qu'il a sa cohérence. Il évoque un peu le Franquin des Idées noires, en moins sombre. On retiendra notamment ces portraits, à la Arcimboldo, où l'auteur est représenté constitué uniquement d'intestins, pour figurer à quel point la douleur ne laisse pas d'échappatoire.
Enfin, tout au long de ce processus, le dessin a été une sorte d'échappatoire qui l'a aidé à mettre les angoisses et les douleurs à distance : si l'essentiel de la bande dessinée l'a été a posteriori, certains dessins sont signalés comme ayant été dessinés sur le moment.
Une bande dessinée sincère et brillante, sur un sujet pas si facile. Touchant.