Le parcours de Mansoureh Kamari illustre une chose; ce qu'il reste de vie et d'espoir après avoir traversé une enfance et une adolescence de peur, d'humiliation, d'effacement forcé.
Alors que l'Iran n'en finit pas d'être sous le joug des feux médiatiques internationaux, il est toujours captivant de recueillir une parole de l'intérieur. Soit ici, bien avant la guerre qui sévit, la méthodique destruction de l'esprit féminin, son annihilation en tant qu'être humain même, vieux réflexe patriarcal des sociétés quand elles perdent le sens commun égalitaire. Ce bon vieil humanisme qui n'a rien d'inné, qu'on envoie par les chiottes à la première angoisse, à la première crise.
Ce devrait être le fondement de la cité, de la communauté. C'est un phare, une aspiration, une fierté. Puis d'un coup, ça se casse la gueule pour un rien.
C'est poignant de constater que l'enfance même de l'autrice a été entachée par ce constat. Cet âge normalement béni fut celui où elle a déjà compris comme sa naissance serait son obstacle, la fin de ses rêves, une épreuve de tous les jours. Il n'y a pas d'échappatoire, c'est d'une terreur sans fond. Pas un jour sans pouvoir oublier cette foutue phallocratie qui sévit par les lois, par les actes, par les paroles obscènes, par la violence, par les gestes.
Un de ces jours, on se foutra bien de ces conneries. On lira ces aberrations les yeux exorbités, en se disant que ces récits ne sont que caricature, uchronie, dérapages journalistiques ou littéraires. Un âge d'or où nous ferons un instant honte aux habitants à venir, avant qu'ils trouvent le temps de s'en foutre, avec le temps, et qu'ils partent affronter les défis de leur temps. Faut pas rêver, d'autres saloperies prendront la relève, mais on en aura fini avec cet archaïsme là et il sera possible à toute personne de poser nue et n'inspirer que l'art (comme l'entreprend la créatrice de cette BD une fois qu'elle a fui son pays natal), sans raison, sans rien à prouver, sans liberté du corps à regagner. Juste le plaisir d'être et de ressentir, comme elle-même l'éprouve enfin en oubliant la peur et les doutes.
Il est important de croire qu'il y a un sens à l'histoire, et que le progrès trouve toujours sa voie, comme Mansoureh Kamari a réussi à y croire. L'esprit du mouvement Femme, Vie, Liberté n'est pas mort, quand bien même le régime l'a réprimé dans le sang. Quand bien même le pays vit-il désormais au rythme des bombardements étrangers. Quand bien même l'Iran traverse dans ce contexte une grave crise économique et sociale. Il faut y croire encore.