Dans le cas d’une adaptation, l’histoire n’est pas à mettre au seul crédit de l’auteur ; la nouvelle mouture doit donc procéder d’un effort exceptionnel pour être reconnue comme vraiment excellente (je pense au « Dracula » de Bess, au « Travailleurs de la Mer de Durand », au « Nom de la Rose » de Manara ou bien sûr à « La Route » de Larcenet). Disons-le d’emblée : ce n’est pas le cas ici.

Cette libre adaptation de la Peau de Chagrin n’est cependant pas exempte de qualités : l’album conserve l’essentiel de la trame originale – on en capte les principaux enjeux – et du point de vue graphique, Griffo propose un travail soigné : son coup de crayon et surtout sa colorisation participent efficacement à l’atmosphère mélancolique qui imprègne l’histoire, même si l’ensemble reste encore relativement sage.

C’est dans la condensation du roman que l’adaptation montre ses limites. Allégé d’une grande partie de ses développements philosophiques, le récit donne parfois l’impression d’une « synthèse », où certaines étapes s’enchaînent sans toujours laisser au lecteur le temps de ressentir pleinement le spleen du héros ou l’exaltation des « viveurs » balzaciens. Le pouvoir de fascination quasiment magnétique exercé par Foedora dans le livre peine notamment à se manifester ici avec toute l’intensité nécessaire.

Un autre regret concerne Raphaël de Valentin lui-même, qui apparaît ici relativement peu attachant (en tout cas moins que dans mon souvenir), ce qui réduit l’impact émotionnel de son destin pourtant tragique. On pourrait en partie l’expliquer par le choix de Rodolphe de restituer les événements dans leur ordre chronologique : cela simplifie certes la lecture et clarifie les enchaînements, mais atténue l’un des ressorts les plus efficaces du roman, à savoir son ouverture saisissante sur un héros au bord du suicide, dont le lecteur ne découvre que progressivement le parcours qui l’a mené à cet état de désespoir.

Au final, Chagrin constitue une lecture intéressante, qui peut servir d’introduction à La Peau de chagrin ou en raviver les souvenirs, mais ne saurait se substituer à la lecture du roman.

On appréciera le petit cahier documentaire consacré aux pactes faustiens en fin d’album, il s’agit d’un complément modeste mais qui reste toujours bienvenu.

J__P__Ivanoff
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