Les œuvres qui parviennent à renouveler des genres aussi codifiés que la dark fantasy ou le postapocalyptique sont relativement rares. Coda fait pourtant partie de ces exceptions qui réussissent à insuffler une véritable fraîcheur à des ingrédients que l'on croyait usés jusqu'à la corde.
Sur le papier, le pari semblait pourtant risqué. Il n'est pas évident de surprendre avec des peuples inspirés des orques et des elfes — ici renommés Urken et Ylfes — pas plus qu'avec un monde dévasté évoquant certains classiques du postapocalyptique. Pourtant, les auteurs parviennent à se réapproprier ces références pour construire un univers immédiatement identifiable. Cette originalité s'exprime autant dans le fond que dans la forme : les couleurs vives et éclatantes, en particulier, contrastent agréablement avec les palettes habituellement associées à ces genres.
L'un des points forts de Coda réside dans sa manière de présenter son univers. Le lore est riche, mais il n'est jamais asséné au lecteur (comme si le scénariste, à l’image de son héros, n’osait nous imposer quelque chose de « trop grandiose »). Les informations essentielles émergent progressivement au fil du récit, à travers les actions, les rencontres et quelques flashbacks bien dosés. Les auteurs évitent ainsi l'écueil des dialogues artificiels conçus uniquement pour transmettre des informations au lecteur. Certes, le journal du barde sert parfois de raccourci narratif et de prétexte à certaines explications, mais son utilisation demeure suffisamment naturelle pour ne pas rompre l'immersion. Le résultat est un monde que l'on apprend à comprendre de manière organique, sans être submergé par une avalanche de détails ou de noms propres.
Cette maîtrise de la narration s'accompagne d'un sens certain du rythme. L'aventure progresse avec fluidité, les péripéties s'enchaînent sans temps mort et plusieurs retournements de situation se révèlent particulièrement efficaces. Le tout est porté par une galerie de personnages attachants et bien caractérisés, ainsi que par un travail graphique remarquable qui fait de chaque chapitre un plaisir visuel.
Pour autant, Coda n'échappe pas complètement à certains clichés du genre. On retrouve notamment l'inévitable substance mystérieuse aux propriétés extraordinaires, utilisée à la fois comme drogue, source de pouvoir et arme potentielle. Plus notable encore, le personnage principal s'inscrit dans une figure devenue très familière : celle du héros cynique qui refuse obstinément d'endosser ce rôle et qui s'efforce de masquer ses élans de générosité derrière une façade désabusée. Si ce trait de caractère fonctionne souvent, il finit parfois par produire l'effet inverse de celui recherché : à force de repousser les autres personnages et de nier ses propres qualités, Hum peut occasionnellement créer une certaine distance avec le lecteur lui-même.
Ces réserves restent néanmoins mineures au regard des nombreuses qualités de l'œuvre. Coda est une réussite aussi bien visuelle que narrative, qui parvient à revitaliser des codes pourtant largement exploités. Une lecture inventive, dépaysante et particulièrement agréable, dont l'univers conserve suffisamment de richesse pour donner envie d'y retourner.
À ce titre, il convient également de signaler False Dawns, suite des aventures de Hum et Serka. Bien qu'elle ne soit, à ma connaissance, pas encore disponible en français, elle prolonge leur histoire de manière tout à fait satisfaisante et mérite l'intérêt des lecteurs ayant apprécié la série principale.