Attention, monument. Franchement, j’étais pas prêt, en lisant ce comics, à me retrouver autant frappé par sa puissance, par tout ce qu’il dégage, par tout ce qu’il transmet. C’est beau, c’est fort, c’est attendrissant, c’est touchant, c’est rempli d’émotions, de force, de beauté. C’est Come Home Indio de Jim Terry.
Jimmy, c’est un petit gars métissé, avec un papa irlandais et musicien jazz, une maman amérindienne venant des réserves d’Indian Heights, un début à Los Angeles, puis un déménagement à Chicago, avec Elena, la petite sœur.
Et puis la vie… une vie cabossée, pleine de difficultés : deux parents alcooliques, une séparation, une ambiance encore plus alcoolisée, Jim et sa sœur laissés pour compte, un peu en totale dérive. Et pourtant, ce n’est pas qu’une vie sombre : il y a aussi de la culture partout. Des livres, de la musique, de la politique, de l’histoire. Une forme de richesse qui cohabite avec le chaos.
Au milieu de tout ça, Jimmy ne sait pas où est sa place, découvre sa sensibilité, essaie de vivre malgré tout. Une joie de vivre qui paraît, mais qui est étouffée par tout un tas de choses.
Ce qui m’a marqué dès le début, c’est ce côté biopic, avec l’auteur qui commence par raconter ses parents et leur rencontre, puis sa naissance et son enfance. C’est super immersif, vraiment très bien fait : la narration, la façon d’accompagner le récit, le noir et blanc qui fonctionne au top, la mise en page qui s’éloigne du simple gaufrier; il y a pas mal de textes mais toujours bien intégrés, avec un recul par rapport à l’histoire qui est racontée, tout en gardant les ingrédients qui nous y immergent.
Il y a un passage où Jim sort d’un long épisode douloureux et lit pour la première fois Will Eisner, c’est juste magnifique :
"Hmm Will Eisner, j'en ai toujours entendu parler. Putain, 30$, quand même... Grrr...
La vache... Ce que c'est beau. Il encre à la plume ou au pinceau? On sent à quel point il aime dessiner... C'est plein de joie et de tragédie.
C'est carrément une déclaration sur la condition humaine! Je n'ai jamais rien lu de tel! Mon cœur... mon âme...
Ce gars vient de me montrer qu'il n'y a aucune limite à ce que l'on peut faire en bande dessinée.
Ce livre m'a ému. Je dois me remettre à dessiner!"
L’histoire de ma lecture de Come Home Indio a aussi une petite anecdote marrante, pas ouf, mais marrante. À la base, c’est Mickaël qui était à fond dessus et qui l’avait vraiment recommandé, du coup je l’avais noté dans ma liste de comics à lire. Quelque temps après, v’là t’y pas qu’il me dit en commentaire qu’il y a une vidéo de la librairie BD16 à Paris, une super librairie BD/comics bien active sur les réseaux, où le gérant lui fait une petite dédicace en parlant justement de Come Home Indio. Apparemment, il n'y avait pas que sur SensCritique que Mickaël partageait son amour pour ce comics. Moi, j’avais déjà bien envie d’aller visiter cette librairie, alors je me suis mis en tête d’y chopper… Come Home Indio, évidemment. Et petit détail de fin, c’était aussi le dernier exemplaire en rayon. Ça rajoutait un petit truc à l’histoire, comme si c’était devenu une évidence : repartir avec ce livre.
Verdict, j’en sors plus qu’heureux, ému même (pleurant comme une madeleine lors d’un épisode père/fils). Come home Indio est une œuvre puissante, très touchante, très belle même. Et le petit Indio et moi on est à peu près de la même génération et si on est loin d'avoir connu les mêmes trajectoires, ça reste possible de se sentir proche de lui, et ça, ça n'arrive pas si souvent.
En conclusion : à découvrir, à lire, à faire découvrir, à relire et à faire redécouvrir