Avec la saga d’Elektra, sortie quelques années plus tôt, Frank Miller avait pas mal secoué la routine bien huilée des comics américains. Style cinématographique, ambiance de films noirs… Après un intermède intéressant assuré par Dennis O’Neil, Miller, cette fois associé à David Mazzuchelli au dessin, retrouve le diable sans peur de Hell’s Kitchen en 1986.
O’Neil laisse à son successeur un Matt Murdock dans une période de creux. Son ex fiancée Heather s’est suicidée, et son cabinet d’avocat a fait faillite. Tout le monde s’attend donc à voir Miller lui faire remonter la pente. Mais Celui-ci a une autre idée en tête et, surtout, il va montrer qu’il lui en reste sous le capot, et que la saga d’Elektra n'était qu’un avant goût.
Oui, Miller compte rebâtir le personnage. Mais, pour cela, il va en abattre les fondations pour le reconstruire de A à Z en 5 numéros.
Au Mexique, Karen Page, ex-secrétaire de Matt est Foggy devenue actrice, est en pleine panade. Sa carrière s’est crashée, et elle ne tourne plus que des pornos. Pire, elle est devenue toxicomane, et son accoutumance l’a ruinée. Elle n’a plus rien pour acheter son héroïne. Enfin si, il lui reste une chose : avant de quitter Matt, ce dernier lui a révélé son plus grand secret…
Quelques semaines plus tard, l’avocat aveugle attend la réponse à ces demandes d’emploi. Mais ce n’est pas une offre qu’il reçoit par la poste, mais une convocation au tribunal ! Wilson Fisk, qui a récupéré l’info auprès de Karen Page, prépare son implacable vengeance !
C’est le début d’une lente descente aux enfers qui voit l’homme sans peur perdre sa licence d’avocat, sa maison, dynamitée, et sa raison. Après un combat contre Wilson Fisk qui le laisse sur le carreau, Matt, agonisant, se retrouve SDF.
Alors qu’il n’y a plus aucun espoir, il est recueilli par une mystérieuse nonne qui le remet sur pied. Daredevil va alors pouvoir enseigner à son ennemi juré qu’un homme sans espoir est un homme sans peur !
Réaliste, radical et violent (la BD poussera Lug a annuler la série dans Strange), Born again est une véritable merveille. Nul ne doute que Miller était alors à son zénith (il dégringolera par la suite dans les années 90)
La BD fourmille d’idée et de références religieuse, comme l’image de Matt sur son lit mimant La Croix, ou la « Piéta » du numéro précédent.
L’ambiance est totalement angoissante, et « l’agonie » de Matt est épouvantable et interminable. Mais c’est pour mieux le faire rebondir.
Au final, Born again est un véritable chef d’oeuvre de la bd US