A l'image d'un film comme Irréversible, de feu Gaspar Noé, la bande dessinée dépaysante qui croise notre regard pour mieux l'aguicher construit sa narration à rebours. Cadencée comme une bombe à retardement, elle s'appuie sur un graphisme fin et une coloration sobre pour à la fois contribuer au réalisme et plonger le lecteur dans un univers exotique et surtout asiatique. Léché, il reflète la qualité des dialogues qui pour une fois ne font pas la part belle à un vocabulaire fleuri le plus souvent à déplorer en bande-dessinée.


Mature donc, l'intrigue est ficelée de manière à conter les tribulations (non, pas d'un chinois en Chine) de deux tourtereaux, passez-moi l'expression, qui doivent fatalement prendre en charge un nouvel arrivant au sein de la famille qu'ils forment désormais. Oui, une fois le nouveau-né parvenu, il faut bien compter pour trois, et ce n'est malheureusement pas pour le plus grand plaisir de la famille maternelle, conservatrice, qui les a au préalable contraints au mariage. Rabaissés à une existence prosaïque, ils mènent une vie morne dont le seul point de mire réside dans l'éducation de leur fils, jusqu'au jour où... Sans vous en dire plus et ainsi gâcher votre plaisir qui je l'espère saura être saisi, je peux retomber sur mes pattes et vous affirmer que cette succession de vignettes est autant un ravissement pour les yeux qu'un enrichissement personnel.

Contribuant à la réflexion sur le sujet pourtant maintes fois rabâché de la famille, Ville Tietäväinen ouvre grandes les perspectives d'interprétation d'une histoire qui au final, il faut bien l'avouer, ne brille pas par son rythme haletant. Là n'est pas la question, quoiqu'il en soit, et si l'originalité du scénario ne saute pas aux yeux, l'ambiance de confinement dans laquelle sont piégés ces jeunes loups suffit au maintien de la cohérence scénaristique. Perdus dans l'immensité de Hong-Kong et les turpitudes de l'autorité familiale, ces victimes du prédateur qu'est leur propre existence vivent - en conformité avec une mise en abyme à revers - leurs plus beaux jours au royaume des songes mélancoliques.

Un très beau voyage, assurément, dont la rigueur des traits et l'uniformité thématique des couleurs n'a d'égal que la profondeur psychologique d'âmes torturées que tout lecteur est à même de psychanalyser à l'envi.
Adrast
7
Écrit par

Créée

le 14 déc. 2010

Critique lue 155 fois

Adrast

Écrit par

Critique lue 155 fois

Du même critique

Samurai Champloo
Adrast
5

Douche froide.

D'emblée, Samurai Champloo se laisse regarder en se disant qu'on voit un énième manga détroussé de son scénario, foutu aux oubliettes avec son cousin l'originalité. L'absence d'intrigue est ce qui...

le 23 févr. 2011

21 j'aime

9

Indiana Jones et le Temple maudit
Adrast
5

(In)dyspensable

Je suis vraiment mitigé. Tout d'abord, c'est très long à démarrer, avec des scènes qui s’enchainent un peu sans queue ni tête sans aucune réelle incidence mais du pataquès en veux-tu en voilà : et...

le 11 nov. 2015

18 j'aime

1

Bref.
Adrast
5

Euh... ouais. On peut m'expliquer ?

Raconter la vie d'un type normal à tendance naze, c'est bien. Et quand en plus elle est racontée par ce même type, ça force la sympathie. Mais quand ça se regarde à la chaîne avec pour réaction...

le 10 sept. 2011

15 j'aime

2