Lectrice précoce du journal de Spirou, je garde évidemment une tendresse pour le Marsupilami, comme beaucoup. Et la relecture splendide de Franck Pé et Zidrou (La Bête, tomes 1 et 2) m'a donné envie de découvrir cette nouvelle version des aventures du marsupial à la queue démesurée. D'autant qu'on partait joyeusement à la rencontre de son aïeul, dans la jungle de l'époque de la Conquista par les espagnols. Le dessin invitait à se laisser porter, avec des planches très travaillées, ornées de motifs du plus bel effet. Les galions, la mer, la jungle, les temples, tout est prétexte à une débauche de vignettes ambitieuses qui ne m'ont pas laissée de marbre. J'ai pensé aux Indes Fourbes, d'excellente mémoire, au début, avec ce mousse raisonneur embarqué avec un capitaine caricatural, modèle de bêtise hiérarchique tragicomique. Et puis mon enthousiasme s'est un peu émoussé, sans que j'aie vraiment quoi que ce soit de grave à reprocher à cette BD pleine de qualités. J'ai probablement eu des attentes un peu démesurées, mais on prend de mauvaises habitudes à lire des chefs d’œuvre ahurissants qui reprennent des univers connus qu'on finissait par trouver ronronnants. Ceci dit, ce joli volume offre une lecture qui n'a rien d'ennuyeux, et le dessin se montre à la hauteur des enjeux dramatiques, alors aucun regret de la voir prendre place sur mes étagères, aux côtés de ses ancêtres franco-belges.